Bonsoir à tous, bienvenue dans mon crâne. C’est le bordel mais dans le fond, on s’y sent bien. Je t’en prie mets toi à l’aise.

Mes boss m’ont un peu foutu la pression. Sont trop gentils pour le dire comme ça, mais si je ne lâchais rien de potable, j’allais être mis dehors tel un vulgaire employé de Carrefour. J’ai un mois pour écouter, regarder, lire des trucs et  vous raconter tout ça à ma sauce.

J’les comprends, alors je m’y mets. je viens de me faire un plat de raviolis et de me griller une clope et me voici.
Bon je ne suis pas vraiment convaincu que mon avis vous intéresse vraiment, mais eux pensent que oui.

T’es prêt ? Faisons un bref état des lieux de la baise actuelle :

-Trump est l’homme le plus puissant du monde et il exhibe devant les médias les armes qu’il a vendu à l’Arabie Saoudite.

-Y’a des types qui prennent en otage des gens dans des supérettes, et d’autres qui assassinent des grands-mères juives.

-Des profs tabassent des étudiants grévistes.

-Facebook a vendu les données des gens et des teubés écrivent « BFF » en commentaire d’une photo de M.Z pour savoir si leur compte est sécurisé.

-On a les cheminots dans la rue et des abrutis parlent de « prise d’otages ».

-Macron nous divise pour mieux régner et certains tombent dans le panneau.

-Caroline de Haas fait des maths, et Vincent Placé insulte de négro un videur de bar.

-En Cisjordanie on fume au sniper des palestiniens, la Syrie est un champs de betteraves, mais on est quand même humain, on laisse Sarko sortir de G.A.V pour rentrer taper ses 8h de sommeil et se peigner.

Bref, tu l’auras compris, il n’y a plus un boulon qui ne tienne convenablement.
Je dois faire une chronique de l’actualité, ou de n’importe quoi mais que je me bouge le derche, qu’ils m’ont dit. Mais les mecs, on est un média culturel, on n’est pas là pour foutre le cafard au gens, si ? Bon, alors j’ai encore mieux en stock. Quelques choses de moins éloigner d’eux. Les gens le savent, on n’a plus vraiment grand chose à attendre de l’humanité. Mais y’a pas besoin d’ouvrir les journaux pour ça. Suffit d’unlock son smartphone.

J’ai viré Facebook, Snapchat, Instragram et toutes ces merdes. J’me sens follement libre. Au début j’me faisais un peu chier, aux chiottes c’était pratique. Puis on s’y fait. Un peu emmerdant chez le médecin. Il était en retard, pour changer, et comme étrangement on n’a pas le droit de fumer dans les salles d’attentes (ah si si j’vous jure, j’étais aussi choqué que vous), je n’ai eu d’autres choix que de lire les magasines posés pêle-mêle sur la table basse.
Choix pléthorique : Des magazines automobiles et des revues people.
Les bagnoles j’en ai clairement rien à foutre, alors j’ai opté pour la seconde catégorie.

Premier de la pile, Voici, titre choc : Lady Diana est morte. Putain de merde. C’est un délire quand même, dans tous les cabinets médicaux, les magasines datent d’avant Pasteur. Bref, on s’éloigne.

Depuis ma désintox numérique, ’ai pu finir un livre que j’avais commencé, enfin je m’étais arrêté à la page 23 parce qu’un pote m’avait mentionné sur une publication d’un chat qui marchait sur ses pattes de devant.

J’passe vachement moins de temps aux chiottes aussi maintenant, et mon colocataire est grave content parce que j’oublie plus de brosser le fond de la cuvette maintenant.

J’ai regretté, mais qu’une seule fois, de ne plus être connecté. J’ai dîné avec ma meuf. Du coup j’ai dû l’écouter parler, vraiment ça, c’était chaud. L’impression de découvrir une nouvelle personne. Qui est cette femme ? Que me veut-elle ?

Le matin, je ne suis plus à la bourre. Bah ouais, exit le tour d’horizon de l’actualités de mon entourage : Une fois l’alarme de mon téléphone éteinte, ce passage en revu méticuleux qui te grille la rétine tellement la lumière de ton téléphone est semblable à la vue du soleil pour les ouvriers du pas de Calais qui remontaient des mines, jadis. Je suis ce seigneur des Carpates ébloui par les rayons UV des stories à comptes à rebours. Ces instants de vie qui n’ont de l’intérêt pour leur propriétaire qu’à partir du moment où ils sont partagés. Parfois, j’y repense, mais sans aucune nostalgie. 

Finies, ces putains de stories qui sont absolument toutes les mêmes que ce soit sur Instagram, Snapchat ou Facebook.

Finies, vos putains de #OOTD. Moi j’enfile c’que j’ai de propre, et j’en fais pas un hashtag.

Finis, vos selfies avec le filtre chien, chat, lapin, ou putes.

Finies ces putains d’instagrameuses à 1000 abonnés, persuadées qu’elles sont d’avoir une « communauté ». Ces meufs qui font de la pub GRATOS à des multinationales à grands coups de hashtag ou de concours à la con pour gagner 2 rouges à lèvres et un plaid. En plein dans le terrier du lapin blanc, ces connes là. 

Finies, ces bonnasses ultra-sexy aux formes parfaites, dignes des clips de RAP US, qu’on ne pourra jamais pêcho et qui te font parfois penser comme le gros beauf que tu es : Quand on voit ce qui existe, et quand on voit c’qu’on baise… 

Finies vos réclamations de votes pour des shootings. Tu fais 1m78 ? Tu pèses 50 kilos ? T’es russe ? Non, alors fais pas chier, et va réviser pour tes partiels.

Finies vos entrecôtes-frites que vous ne pouvez vous empêcher de prendre en photo avant de bouffer. Jadis, on récitait une prière afin de remercier le ciel d’avoir de quoi manger avant de taper dans la bectance; maintenant, on prend des Snaps pour tenter de faire rager son prochain. Putain d’époque pour la spiritualité. Ils font comme Jésus, ils partagent le pain… mais de façon 2.0. Seigneur, ne leur pardonne pas. Surtout pas. Ils savent ce qu’ils font !

Ah et puis ces enculés qui se la jouent roots parce qu’ils vont aux USA ou en Australie… Frère… TOUT LE MONDE VA EN AUSTRALIE. Ces Vasco de Gama à batterie portable. Ces Magellan à canne à selfies. Ces Marco Polo de la sphère internet. #NoFilter. #NonMaisCrêve. T’es parti jouer le guignol à taper des poses et claquer ton salaire de smicard pour aller au Starbucks de Brooklyn. Mais t’as raison, kiffe. C’est fou, ce que la course au likes vous fait parcourir comme kilomètres. Et ça vaut pour vous, les sauveurs de l’humanité. On sauvera pas l’Afrique à coups de selfies avec des bébés. « Ils étaient trop mignons avec leur gros ventre. Je voulais trop en ramener un et l’adopter ! » Nan mais tu t’es cru chez Carrouf ou quoi, connasse ?! Et pour le bide, c’est pas mignon, c’est de la malnutrition.

Finies ces nouvelles mamans qui te font partager leur grossesse jusqu’à la taille de dilatation de leur col de l’utérus ou un selfie avec leur placenta. On est sincèrement très content pour toi, mais ton gamin n’avait pas encore prononcé un seul son qu’on savait déjà quelles couches il allait porter. Rien demander, le môme, et voilà déjà son image monnayée contre quelques pouces en l’air. Ma mère, moi, elle m’a fait un album, comme la plupart d’entre nous. Le tien, tu vas lui filer quoi ? Un QR code à flasher ? Ca m’déglingue.

Finis ces blaireaux à débardeurs. 10 ans de musculation, 12 kilogrammes de protéines par jour et les voilà près à chopé la cagole de leurs rêves. Et ton programme #WOD, t’as besoin de te filmer entrain de soulever des trucs très lourds pour le réaliser ? Inch’Allah ton poignet se casse et ta barre de 125 kilos te tombe sur la glotte. Et tes termes techniques là, Snatch / PR / Squat Clean ou Jerk ça n’impressionne personne. T’avais 3 de moyennes en anglais et tu viens te la ramener avec tes # devant ton lexique faiblard.

Finis vos vidéos boomerang. Ah mon Dieu… Si vous pouviez faire un boomerang où vous vous tranchez les veines avec un tesson de bouteille, s’il vous plait. Je le regarderai volontiers encore et encore.

Finis vos tags sur des publications cancérigènes du types « Mentionne quelqu’un qui a un A dans son prénom et il devra te lécher le fion ». Sans rire. En fait, nan. C’est superbe. C’est un superbe filtre. Le type qui te mentionne là dessus, tu peux être SÛR qu’il faut absolument le supprimer de tes contacts.

Finis ces demeurés qui partagent en y croyant dur comme fer des fakes-news provenant de site aux libellés à peine supects « Lesmoutons-vénères.com / LesCatacombesDeLInfo.com / InfoWorld45.com » Allez vous branler devant les vidéos de Soral sur son canapé rouge et disparaissez.

De retour dans la réalité. J’ai l’intime conviction qu’un paysage est encore plus joli si l’on ne le regarde pas à travers un écran, tout HD soit-il; et qu’une soirée est mémorable même sans story Snapchat. Venez, j’vous jure qu’on s’y sent bien.

Allez, à tard plus les blaireaux.