Après l’avoir découvert au Visions, nous avons suivi Godzilla Overkill de près et c’est donc tout naturellement que nous venons vers lui pour lui demander des précisions quant à son processus créatif. Tentons de le détailler à travers les cinq étapes décrites par Didier Anzieu, psychanalyste.

1. L’inspiration

La toute première fois où est venue l’idée de ce morceau, où étais-tu, que faisais-tu ? Quelle était l’émotion associée ?

La toute première fois c’était y’a longtemps. Je ne pense pas qu’il y ait eu un moment clef, je dirais plutôt que c’est un cheminement, un thème que tu veux aborder, qui va être enrichi par la musique que tu as composée. À un moment les deux se rencontrent, vont boire un coup, rigolent, se regardent dans les yeux, s’embrassent, missionnaire, levrette et puis ça donne un morceau. Je ne me suis pas posé devant une feuille et un piano en me disant « allez ! cette fois-ci on va parler de papa ». Il y avait des phrases du morceaux que j’avais, puis j’ai composé la musique, et j’ai commencé à enregistrer des voix en me prenant pour Jacques Brel sous autotune. Si tu veux vraiment un lieu et une action, j’étais dans un studio gris qui sent le cendrier froid à Pantin, une ville grise qui sent le cendrier froid, en buvant une cannette de Rince Cochon tiède, qui est par la suite devenue un cendrier. L’émotion associée je dirais que c’est le bonheur, la joie de vivre, ça me parait assez clair à l’écoute du morceau.

« Je suis moins talentueux que Beckett ou Bacon mais on va tenter la transformation d’essai. »

2. La prise de conscience des représentants psychiques inconscients

Quel est le thème principal du morceau ? Quels messages plus subliminaux s’y trouvent selon toi ?

Le thème central c’est le père, plus précisément le père et le fils. Comment un fils voit son père et comment il pense que son père le voit ou pourrait le voir. Pour ce qui est de l’inconscient ou du subliminal, je dirais que ça parle du souvenir. L’image que l’on peut avoir de quelqu’un, mais aussi l’image que l’on va et que l’on veut laisser. Notre impuissance dans ce processus, car la mémoire est sélective, embrumée par des années de consommation de shit coupé au pneu et de Rince Cochon tiède. Mais aussi biaisée, car c’est nous qui construisons en partie notre mémoire par rapport à ce que l’on veut être. Si on a décidé que notre père était un gros con, si on nous a dit que notre père était un gros con, et qu’on a accepté cette idée, qu’on a jugé que cette idée était centrale dans notre personnalité, on va diriger notre mémoire dans ce sens, et interpréter a posteriori les informations. De ce fait, on construit en partie notre personnalité par rapport à la perception que l’on a de la personnalité des autres, cette vision peut donc être complètement faussée : la vie est un mensonge et la seule solution est le suicide.

3. Le choix du code

Quels matériels sonore as-tu utilisé et comment les as-tu assemblé ?

Tout a été composé avec des sons digitaux, des VST, ce sont des logiciels qui émulent des sons de synthés. Ensuite j’ai retravaillé le morceau avec Pierre Antoine, qui est réalisateur son, il m’a permis d’épurer le morceau, d’aller à l’essentiel, de le rendre plus lisible. Aussi, il m’a donné du recul, comme le morceau est assez intimiste, personnel, et qu’il a ce côté chanson Française, il m’a dit « fais le en une seul prise ». C’est pour ça qu’à certains moment ma voix part en couille, mais c’est aussi ça qui lui donne son humanité.

4. La conception

A posteriori comment pourrais-tu caractériser la conception de ce morceau ? Etait-ce difficile ? Long ? Ou au contraire simple et plaisant ? Qu’en as tu appris ?

C’était rapide, assez fluide et spontané. L’instrumentale étant plutôt simple, le morceau était fait pour être centré sur le texte. Le plus difficile c’est de trouver les paroles les plus percutantes, les plus imagées. Ne pas trop en mettre. Juste mettre le meilleur.

5. La diffusion

Une fois lancé dans le grand bain de la vie, comment a-t-il été reçu ? Peux-tu nous faire un petit florilège des réactions les plus marquantes ?

Le morceau n’est pas encore single d’or, du coup c’est un accueil mitigé je dirais… Je sais pas, j’ai pas eu de retours négatifs dessus, donc ce n’est pas tellement représentatif, je suis un peu déçu de ne pas en avoir eu d’ailleurs. Ca veut dire qu’il n’a pas encore touché assez de gens. Si vous trouvez que c’est de la merde, envoyez moi un DM ! Ceci dit, dans les retours de gens plus proches, on m’a souvent parlé de la deuxième partie de la musique pour ses paroles. Quand je dis que je suis une fiotte, que je me dandine, tralala. Alors que les paroles les plus touchantes selon moi c’est dans la première partie. Un mec ivre ou fou ou malade ou tout en même temps, qui voit son amour s’éloigner, sans pouvoir rien faire, qui perd le contrôle, qui se délite, sans comprendre ce qui se passe, qui devient violent, qui n’a plus que cette réponse, qu’on n’écoute plus, qui crie, qui meurt. Et la seule chose à laquelle il pense c’est reconquérir son foyer, sa femme, son fils, comme si c’était un réflexe, un instinct. Plus il essaie, plus il fait peur, moins il est lui même et plus il s’éloigne. Mais bon les gens préfèrent quand je dis que je suis une fiotte.

Merci beaucoup !

Photo : Annabelle Fadat