Ma République by Yolande Bashing

1. L’inspiration : que faisais-tu quand l’inspiration est venue ?

Je crois que j’étais dans mon studio-chambre d’amis en train de regarder dans l’amas de textes éparpillés dans mes cahiers, de me dire « faudrais penser à ranger tout ça. » L’écriture c’est pas du tout un systématisme, j’écris comme je fais de la musique, par erreur, de manière très très empirique, vraiment naïvement quoi. J’ai des cahiers qui me servent un peu à tout, des fois je me dis « tiens je vais commencer un agenda dans ce cahier, et dans celui là je vais faire que écrire des textes, et là, des dessins rigolos », puis finalement ça ressemble plus du tout à rien. Alors je regarde ce tas de pus de cahiers puis j’en prends un peu au pif, un peu parce que je sais que dedans il y a sûrement des textes, et je tombe sur ça, je lis le texte qui sera définitivement Dans Ce.

2. La prise de conscience : imagines tu es quelqu’un qui découvre le morceau, quelle analyse tu ferais sur ce qu’a voulu faire ce gars ?

Alors je suis quelqu’un d’autre. « Déjà je sais pas trop comment je suis tombé sur ce morceau, faut que j’arrête de digger sur bandcamp c’est vachement mauvais pour mon karma. Là je viens de tomber sur ça, Dans Ce, de Yolo Bashing… Je vais essayer de t’expliquer par ce que j’ai pas moyen de te faire écouter ça… Dans Ce fait parti d’un tout, c’est la première histoire, ça plante le décor de La République. Dans Ce c’est la présentation du personnage, on comprend vite à qui on à affaire. On comprend que ça parle d’introspection. On sait pas vraiment si c’est fait avec humour, si c’est de l’humour ou si le type est sérieusement endommagé. En tout cas il est atteint du mal du siècle, c’est une sorte de procrastinateur bobo. Finalement ce qu’il raconte on s’en tape un peu. Mais on a de l’empathie pour ce gars-là. »

3. Le choix du code : quel langage utilises-tu dans ce morceau et pour dire quoi ?

Il y a pleins de formes de langages DANS CE morceau. Déjà il y a la musique, qui emprunte à beaucoup de choses, ça va de la tourne éléctro débile au Math rock en passant par la chanson ou le hip-hop. En plus c’est une musique qui est très narrative, qui avance, en tout cas qui essaie d’avancer ou de faire avancer le mec qui chante je sais pas. En parlant du mec qui parle, c’est le deuxième langage, celui qu’on connaît moins, la parole, c’est beaucoup moins efficace que la musique, je trouve que le texte dans les chansons c’est toujours très compliqué, j’aimerais ne pas comprendre ce que chantent les types en fait. Mais alors quand ça sonne vraiment con, c’est pire. Alors j’essaie de trouver un juste milieu, de parler de choses d’une manière suffisamment poétique.

4. La conception : à quoi ressemblait selon toi le produit fini ?

Je ne savais pas à quoi devait ressembler ce morceau, je laisse beaucoup de place à l’aléatoire, pas forcément volontairement, parce que j’ai encore du mal à me projeter dans ma musique. J’ai rencontré Jacques en workshop chez les copains de Neuvième Ruche et il m’a dit : « imagines ta musique de manière linéaire, apprends à anticiper ce que voudra entendre l’auditeur », c’était vraiment intéressant, mais je crois pas que j’en sois capable. De la même manière, incapable de dire à quoi doit ressembler le morceau, jusqu’à un certain point, quand le texte apparaît.

5. La diffusion : qu’est-il devenu ensuite ?

Ce morceau est définitivement destiné à être joué. Je suis comédien de théâtre et ça se voit dans ma musique. Yolande Bashing c’est un bon prétexte pour monter sur scène quand je ne travaille pas avec d’autres compagnies. J’invente le personnage au fur et à mesure, je commence à connaître ses angoisses et à savoir ce qui le fait rigoler. J’ai l’impression qu’il vit dans une sorte de monde parallèle mais qui ressemblerait énormément au nôtre. Un monde avec un tout petit décalage qui admettrait qu’on n’ait pas besoin d’avoir une bonne raison pour faire de la musique. Mais c’est un monde tout aussi violent et cruel que le nôtre, y’a pas de doutes. Pour revenir au morceau, il va évoluer, je dois pas me contenter d’un rendu studio. De toute manière je n’arriverai jamais à reproduire à l’identique une de mes chansons.

©Romain Henning

©Romain Henning

Yinn Grab pour Slap