Au cours des derniers mois Umbraid nous a totalement bluffé par sa productivité et sa créativité. Nous voulions explorer plus en profondeur son processus de création. Allons-y en nous aidant des cinq étapes de Didier Anzieu, écrivain et psychanalyste.

1. L’inspiration

Peux-tu nous décrire dans quel espace spatiotemporel tu étais quand tu as décidé de donner naissance à ce morceau ? Qu’est ce qui t’as le plus inspiré pour ce morceau consciemment ?

C’était un samedi soir de novembre, à la campagne, chez mes parents. Privé de faire la fête par ma situation géographique, je me suis mis sur Ableton car c’est un peu mon seul moyen de m’amuser tout seul. Je venais de finir un EP plus axé sur la mélancolie et plus calme que « How I Became A Raver », alors j’ai ressenti le besoin de produire quelque chose de plus dansant et de plus joyeux.

2. La prise de conscience des représentants psychiques inconscients

Passé le stade un peu transcendantal de l’inspiration, quelles thématiques ou messages ce morceau a-t-il fait émerger dans ta tête ? Comment l’as-tu vu éclore au niveau de son contenu, de son atmosphère, ou de l’effet qu’il pourrait procurer ?

Le morceau est une invitation à faire la fête, une fête intense avec ses temps forts, ses temps calmes et ses temps irréels. Au début, je voulais raconter une rencontre sur le dancefloor et le morceau devait s’appeler « Meet her at the Myst Party » en référence à « Meet her at the Love Parade » de Da Hool et les soirées Myst à Paris. Puis j’ai fait le clip avec des images d’enfants qui dansent dans une émission de Disney dans les années 80, pour évoquer la candeur de faire la fête, la nostalgie de l’enfance. En plus, c’est marrant car on a l’impression que l’animatrice a pris des amphétamines avant le tournage ce qui provoque un décalage avec l’innocence et la joie de vivre des enfants qui l’accompagnent. Après avoir fait le clip, j’ai trouvé le titre définitif « How I Became a Raver ».

3. Le choix du code

Le morceau fait à la fois très vintage mais reste parfaitement de son temps je trouve. Peux-tu tenter de nous expliquer par quels procédés techniques tu es passé pour donner ce résultat esthétique ?

J’avais écrit cette phrase pour présenter le morceau et je pense qu’elle résume bien cette ambiguïté entre passé et présent : « symptôme d’une jeunesse nostalgique de ce qu’elle n’a jamais connue, ‘How I Became A Raver’ est une ode au passé révolu que nous voudrions faire renaître pour échapper à ce présent qui ne nous donne plus d’espoir. »

Visuel crée par Umbraid

Le côté vintage vient des synthés choisis : un gros lead rave pour le riff principal et une TB303 pour l’Acid. J’ai essayé d’utiliser l’efficacité par la simplicité qui est une vertu que l’on retrouve dans les morceaux raves des années 90. Le côté moderne vient peut-être de la structure du morceau qui est plus proche de la pop que de la techno. Le « pont » est aussi très moderne avec des sonorités plutôt issues de l’IDM et avec un kick breaké.

4. La conception

Comment l’as-tu conçu, toujours en terme de temps, de lieu ?

En général je compose un morceau en deux temps. La première phase de recherche, d’exploration, de choix des éléments principaux je la fais la nuit entre 22h et 2h. Quand je me réveille le lendemain, je réécoute mes brouillons et j’essaie de construire quelque chose qui raconte une histoire, je rajoute des éléments, j’en supprime. Ensuite l’après-midi, je perfectionne le mixage et tous les détails puis je réécoute des dizaines de fois en notant à l’écrit ce qui ne va pas, ce qu’il faut changer. Ce processus, c’est celui que j’ai suivi pour la conception de ce morceau. Pour résumer, il me faut 24h pour produire un morceau. Mais il ne faut pas croire que c’est si facile car le problème c’est que des fois même en faisant tout bien le morceau n’a rien de spécial, rien de transcendant alors je suis obligé de le mettre dans la corbeille.

5. La diffusion

Quelles sont les premières personnes à l’avoir découvert, quel retour as-tu eu ?

Comme d’habitude, je l’ai d’abord envoyé à mes amis qui me soutiennent depuis que j’ai commencé. Ils ont beaucoup apprécié et m’ont conseillé de l’envoyer à des DJs qui seraient susceptibles de le jouer. C’est comme ça que mon morceau à fait le tour de l’Europe jusqu’en Russie et que des milliers de ravers ont dansé dessus. Paula Temple m’a dit qu’elle l’avait joué plusieurs fois dans ses sets et le duo suédois Gijensu m’a beaucoup soutenu pour la diffusion.

En live l’as-tu déjà testé ? Quel est ou serait le meilleur moment pour le placer dans un set ?

À vrai dire, je ne le joue quasiment jamais. J’adore produire différents styles de techno et même de la pop ou des instrus de rap. Par contre quand je mixe, je ne joue pas de morceaux typés « rave », je préfère construire une atmosphère plus introspective.

En ce moment, j’aime beaucoup la scène techno de Copenhague avec des artistes comme Schacke, Sugar ou Repro. Je commence souvent par cette techno puissante et très unique pour aller progressivement vers des sonorités plus industrielles ou au contraire plus deep. J’aime aussi utiliser des chants grégoriens ou des chants bulgares. Dans mon dernier morceau « Solitude » j’ai samplé « O solitude » de Purcell, un compositeur du début de l’époque baroque.

Parmi mes amis et les DJs qui l’ont joué, j’ai remarqué que le morceau était souvent joué en deuxième partie de set. Sans vouloir être prétentieux, je pense que ce morceau est une sorte d’apothéose ou de parenthèse qui permet de passer d’un univers à un autre.

Merci à toi !