Sandor ! Ta chanson « Je ne sais pas parler » détonne musicalement et psychologiquement. Chez Slap on aimerait en savoir plus sur ton processus créatif. Tentons de le détailler à travers les cinq étapes de la création décrites par Didier Anzieu, écrivain et psychanalyste.

1. L’inspiration

Quelles sources d’inspiration ou éléments concrets (artistiques mais pas que) ont permis à cette chanson d’exister ? 

Ma première source d’inspiration c’est mon vécu et celui de ceux qui m’entourent. Mes chansons sont pour la plupart autobiographiques et celle-ci en particulier… Elle parle d’amour et de ce sentiment d’impuissance que l’on peut ressentir quand on sait d’avance que dévoiler sa flamme sera vain. C’est aussi parallèlement à cela, un message adressé directement à mon public, car j’ai au moins autant de difficulté à lui parler entre les morceaux que s’il s’agissait de faire une déclaration !

Dans quel contexte étais-tu quand elle est née en toi ?

Là encore ce sont ces deux aspects que je viens d’évoquer qui se sont entrecroisés… J’étais en pleine tournée entre la Belgique et la France, et un monsieur est venu me parler après le concert. Il m’a dit combien il avait aimé le concert, mais m’a fait part de sa déception sur le fait que je ne parlais pas assez au public. Il m’a dit textuellement « Un petit mot pour le public ça fait toujours plaisir ! » Alors ça a été un électrochoc pour moi.

Comme je souffrais de timidité quand il fallait parler sur scène, j’avais tout organisé de manière à éviter de devoir le faire ! Mais je n’avais pas pensé que le public y serait sensible et je me suis alors sentie idiote… Moi qui aime tellement mon public, je suis bouleversée chaque fois que je le rencontre et si je fais de la musique c’est grâce à lui, c’est justement pour le rencontrer ! Je devais absolument lui dire que je l’aimais, et ce que lui faire face provoquait en moi. J’avais donc cette envie derrière la tête de faire une chanson dans laquelle, comme Michel Berger, j’aurais mis ma déclaration. Et à la même période, il se trouve que j’ai fait une rencontre qui m’a marquée, une personne dont je suis un peu tombée amoureuse, mais à laquelle jamais je n’aurais osé avouer mon admiration. Ce combo d’émotions a fait naître « Je ne sais pas parler ».

2. La prise de conscience des représentants psychiques inconscients

Avec le temps, est-ce que tu t’es rendue compte que cette chanson révélait d’autres thèmes qui étaient restés plus inconscients jusque là, si oui lesquels ?

Pas vraiment, je suis assez consciente des thèmes que j’aborde et je les travaille longtemps avant de faire une chanson dessus. Je ne travaille pas assez spontanément pour vivre cette expérience de découvrir des thèmes sous-jacents… Par contre, c’est souvent le public qui m’écrit pour me dire qu’il vit une situation à laquelle la chanson s’associe parfaitement et c’est là que j’ai parfois des surprises. Je crois sincèrement que la vie d’une chanson est plus importante que sa création. Chacun se l’approprie comme il l’entend, fait des liens avec son existence propre et je trouve que c’est ce qui est beau. Quand une chanson parle pour nous, elle parle de nous, et parfois mieux que nous-même.

Quel est le sens de cette chanson pour toi au moment où tu te penches sur cette interview ?

Son but premier, dire au plus vite à mon public ce qu’il me fait vivre : une émotion incroyable !

3. Le choix du code

Quels instruments, procédés, et choix musicaux as-tu choisi pour cette chanson et pourquoi ?

De ce côté-là, je travaille de manière beaucoup plus spontanée. Le principal à mes yeux étant de traduire une émotion en musique. Au moment de la composition, c’est toujours primordial, il faut que je vive la musique dans mes tripes ! Je cherche les harmonies qui vont aller me chatouiller le ventre et le cœur. Ensuite seulement vient la partie plus élaborée et réfléchie de l’arrangement, c’est Jérémie Duciel qui s’en charge et je préfère ne pas parler à place, mais je sais qu’il est aussi attentif que moi à donner non seulement une touche contemporaine à mes chansons, mais surtout une force émotionnelle.

4. La conception

Peux-tu nous parler de sa conception en terme de lieu, de temps, d’émotions associées ?

Je l’ai écrite et composée sur une longue période, donc difficile de vous donner des précisions, mais je me souviens très bien de ce matin d’automne, chez moi, quand je l’ai interprétée en entier pour la première fois juste sur ma guitare. J’étais très excitée par cette composition et heureuse de me libérer d’une sorte de secret.

5. La diffusion

Quel effet a eu cette chanson lors de sa diffusion sur les plateformes ? En live ?

C’est le titre que j’ai choisi de mettre en premier single de l’album donc il a eu aussi une plus grande visibilité que les autres au moment de la sortie. Je l’ai utilisé comme teaser ! Il a eu beaucoup de succès, en live c’est un peu le highlight du concert ! Mais il y a un autre titre que j’ai pourtant gardé plus discret qui est en train de détrôner tous les autres sur les plateformes de streaming et en live aussi : Tu disais. Le langage de cette chanson n’est pas tellement adapté à un format radio car il est particulièrement explicite, même si quelques radios audacieuses l’ont diffusé ! Comme quoi, même quand on pense qu’un titre plaira ou plaira moins, on n’est jamais sûrs de rien !

Merci pour cette interview ! Je suis ravie d’apparaitre sur Slap.

Merci beaucoup à toi, tout le plaisir est pour nous !