Immersion dans la profondeur d’un créateur brut qui écrit son art électronique dans l’atmosphère nuancée d’une société moderne.

1. Inspiration

Qu’est-ce-qui t’inspire le plus ? Le moins ? D’où vient Jean 4×4 ?

Dans mes sources d’inspiration, je dirais qu’on retrouve les voyages spatiaux, l’électro russe crasseuse comme celle du label Private Persons, la trap et ses merveilleuses basses, la scène anglaise d’une manière générale, qui n’a absolument pas peur de mélanger les genres musicaux et d’expérimenter à foison, les univers visuels kitsch post-internet (mention spéciale aux créations de BizouBiz et Chaos Technique) & les bastons de mecs bourrés que j’entends depuis ma fenêtre en plein milieu de la nuit. J’avais jamais pensé à ce qui m’inspire le moins, mais en soit je suis pas sûr qu’Yvette Horner ait une immense place dans mon univers créatif. Jean 4×4 c’était ma volonté d’avoir un son tout terrain qui pouvait rouler sur n’importe quel tympan avec un kick que j’ai bien débridé.

La création je vois plutôt ça comme un assemblage de choses existantes entre elles, je suis pas trop de la team “je pars de zéro je vais tout (re)créer”

2. Conscientisation

Dans quel niveau ou état de conscience es-tu quand tu crées ? Crées-tu uniquement des morceaux ou crées-tu d’autres choses ? Quel sens prend la création chez toi ?

Pour chaque morceau que je commence, j’ai un objectif de base, une sonorité ou un rythme que j’ai en tête, que j’essaie de retranscrire le plus fidèlement par rapport à mon image mentale. Là je lance mes boucles avec plusieurs percus, plusieurs synthés et/ou effets, je les laisse tourner, pendant dix minutes ou pendant des heures, ça dépend. Je me plonge tellement dedans que la plupart du temps il n’existe plus que ça dans mon cerveau, le reste du monde disparaît comme lors d’une transe méditative ou un truc du genre. Souvent j’atteins un stade où chaque sonorité, chaque sample, je suis capable de le voir devant moi, avec sa forme particulière. Quand toutes les formes me semblent en harmonie, je passe à la composition. La création je vois plutôt ça comme un assemblage de choses existantes entre elles, je ne suis pas trop de la team “je pars de zéro je vais tout (re)créer”, je préfère essayer de donner de la cohésion à ce qui pourrait sembler être un énorme bordel. Je fonctionne un peu de la même façon avec le mix, j’adore superposer deux sons où tout se mélange à la perfection, où ils se complètent et deviennent un nouvel objet hybride. Et paradoxalement j’aime trop rompre cette continuité hyper brutalement, en balançant un Seth Gueko en plein set(h) de techno répétitive.

J’adore superposer deux sons où tout se mélange à la perfection, où ils se complètent et deviennent un nouvel objet hybride

artwork : B-6 aka Bilsi

 

3. Codification

Quel code ou langage artistique te parle le plus ?

Dans la techno par exemple, ce que j’aime le plus ce sont les mélodies qui sont marrantes, loufoques, celles qui donnent limite l’impression que tes oreilles sont bourrées quand tu les entends, celles où tu te dis “mais ça sonne hyper faux” et en fait tu les trouves rigolotes comme des petites créatures grotesques qui dansent en tutu. Les synthés de trance bien gâtés ça me fout des frissons aussi, ça donne une dimension épique à n’importe quelle séquence de percussions. D’une manière générale, les sons que je préfère sont plutôt glauques, mais justement je trouve que le glauque dans la musique souvent c’est pas très éloigné du fun. Faut pas se prendre trop au sérieux quoi.

4. Conception

Comment parlerais-tu de Jean 4×4 en terme de conception ?

Jean 4×4 est né de la fournée des Jeans (Le Hun, Veux Deux, Detroit & lui), une série de morceaux que j’ai voulu faire exister et fonctionner en symbiose. C’est marrant parce que MMME Talus je trouve que c’est un peu l’origine de ces quatre morceaux, bien plus proche en réalisation de mes sources d’inspiration, alors que je l’ai faite bien après les Jeans. Jean 4×4 au début c’était un défouloir de kicks, avec un snare bien électro et un petit roulement de hats pour accélérer tout ça. Ensuite j’ai dû tomber par hasard sur un des nombreux FX de Nexus (un VST sympa) qui me semblait à la fois glauque et fun, surtout avec ses échos bizarres. Toujours sur Nexus, j’ai trouvé un sample de voix avec moult reverb, j’en ai fait une mélodie cocasse en essayant de créer des temps où je le mets carrément en avant pour qu’il vienne ensuite se mélanger à mes synthés acid (qui me font penser à ce que serait la détonation d’un pistolet à bouchon-laser), à une grosse basse et à un synthé plus planant. Du coup en rajoutant tout ce bordel d’un coup, la voix est un peu en retrait mais reste quand même dans les oreilles. J’ai bossé sur plusieurs versions de ce morceau, et dans la dernière je me suis dit “tiens j’aime bien le break, pourquoi j’en rajouterais pas un”, et assez vite je trouvais qu’il collait bien dedans et ça faisait une fin de morceau bien rythmée.

Jean 4×4 c’était ma volonté d’avoir un son tout terrain qui pouvait rouler sur n’importe quel tympan avec un kick que j’ai bien débridé

5. Diffusion

À ton avis, où pourrait être diffusé Jean 4×4 en ce moment ? (Hormis dans mes écouteurs alors que j’écris cette interview dans un covoit entre Paris et Amiens) (citer de préférence au moins deux exemples)

Très clairement dans un Multipla, une Clio, une Twingo, ou alors dans le lecteur MP3 de sa Sainteté le Dalaï-Lama.

Merci à toi !

DJU 8.6 sera en DJ Set à Lille au Vinci ce soir pour la Fête de la Musique, avec notamment Francis Cheval et Sindy Looper : Fête de la Musique : Garage 83-C X Le Vinci