Capelo depuis le début on est fan. Un son bien à eux, que l’on identifie directement et qui nous plonge dans des rêves à la fois cotonneux et acidulés. Predator arrive comme une bombe piquante, pondue par ce duo belge qui confirme ainsi une belle maturité après la fraîcheur indécise de ses débuts. Nous voulions en savoir plus sur un de leur éclats. Portrait via les cinq étapes du processus créatif de Didier Anzieu.

1. L’inspiration. Son désir est-il venu avant sa naissance matérielle, conjointement ou après ? Pouvez-vous nous parler du désir qui a accompagné la création de ce morceau ?

Eve Decampo : Lors d’une session d’improvisation avec Michel, Predator est apparu comme un hélicoptère derrière une colline (un soleil couchant en arrière-plan).

Michel Nyarwaya : Notre méthode de travail est assez particulière, on a besoin de jouer pour savoir créer un morceau. On n’utilise pas de logiciel de M.A.O. pour composer. Tout se fait part le jeu, l’improvisation et la mémoire (on s’enregistre comme aide-mémoire, mais on doit avoir la structure générale en tête). Par conséquent je ne peux pas vraiment dire qu’il y ait un désir du morceau à part le fait de chercher de nouveaux territoires, manières de jouer etc.

 2. La prise de conscience des représentants inconscients. Si l’on s’éloigne un peu d’une explication rationnelle du morceau à travers votre désir et sa mise au monde, pensez-vous qu’il réunit quelques unes de vos pensées inconscientes, ou de vos rêves ? Si oui lesquel(le)s ?

MN : J’ai plus de mal à me dire cela pour ce morceau. J’ai des images très claires pour d’autres morceaux, mais pas celui-ci, je pense que ça vient du processus qui a été plus un exercice très « pragmatique ». A partir d’un bout mélodique, très concret, on a dû inventer, comme un vêtement qui nous siais bien, c’est presque une question de corps : « qu’est-ce qu’on arrive à porter ? ». Après, ce morceau a un titre évocateur et tout… mais je n’ai, pour ma part, pas eu d’impulsion particulière. En fait, c’est peut être pas vrai. Les premières versions ressemblaient beaucoup à du Mammane Sani, un musicien électronique ouest-africain (le début du morceau en est un reliquat). Ça en dit peut être quelque chose…

ED : Une envie de faire danser, de faire bouger. En fait, une envie irrépressible de faire un bon gros son. 

3. Le choix du code. Pouvez-vous nous présenter les matériels et matériaux utilisés pour la conception de ce morceau ? Au delà du son, quels autres dispositifs artistiques pourraient y être associés ?

ED : J’utilise pour ce morceau un vaisseau très rapide, c’est un module hybride mi-aérien mi-terrien. Ici il est question de prendre les bons tournants, les bonnes chicanes au bon moment, un millimètre à gauche ou à droite et c’est le gros plantage. Il faut faire très attention, cela demande une grande concentration car c’est chaud de coller au parcours. Une fois que l’on a atteint une certaine puissance (puissance accumulée grâce aux manoeuvres réussies), alors seulement l’envol est envisageable et là, enfin, arrive la sensation de tête légère (très agréable). Je ne sais pas quel est le vaisseau de Michel. 

MN : Niveaux matos, on n’a pas été plus original que d’habitude. On a utilisé le matos qu’on utilise en live, un Korg microkorg, un Yamaha PSR 36 et un Akaï XR20. Je pense qu’on a utilisé un Arturia Minibrut aussi. On a tout record sur Garageband, ce qui est plutôt un sacrilège. Mais ça montre bien deux trucs, c’est qu’on s’y connait mais vraiment pas en production, mais que l‘on peut quand même faire des trucs. Le mixage s’est fais sur Live, j’espère que ça nous donne un peu de music street cred. Concernant d’autres dispositifs artistiques, on a une éducation artistique en école d’art mais on est pas transmédia. On fait de la musique, et j’espère qu’on tombera pas dans cet écueil.

4. La conception. En terme de temps, d’espace, de méthodes, de sensations, de découvertes, d’émotions, pouvez-vous nous parler de sa conception ?

MN : La conception de ce morceau s’est vraiment faite petit à petit. Il a eu une longue gestation, il nous a un peu accompagné dans notre évolution, passant par pas mal de phases. Les premières versions font penser comme je le dis plus haut à du Mammane Sani, mais on avait du mal à structurer tout ça, on était fort à l’état de pastiche. On a laissé l’idée reposer, le temps de se délaisser des référents sûrement. Puis on l’as reprit et ça a décollé vers ce qu’on connait maintenant. Une fois qu’on a été satisfait, on a commencé à le jouer en live, il a trouvé une place particulière dans notre setlist. On l’a vraiment « pratiqué » avant de lui donner une vie sur vinyle. À vrai dire, c’est un truc assez particulier à nous, nos morceaux ont en généralont une vie en live (ahah) avant d’être enregistrés.

ED : Hé bien nous avons pris une bonne dizaine de vecteurs (de différentes longueurs) et nous les avons assemblés avec goût. Cela donne une direction assez floue dans un premier temps mais le morceau tend à s’aiguiser. Petit à petit, il devient aussi fin qu’une lame de rasoir et enfin, Predator finit par fendre l’air de manière sublime. 

5. La diffusion. À votre avis quel est le lieu le plus adapté à un de vos fans pour l’écouter ? Le plus improbable ? Le vôtre ?

MN : Mmmmh je ne me suis jamais posé la question, mais je dirais juste fort en fait.

ED : Dans un vaisseau hybride, dans tous les véhicules. Aussi dans les circonstances où ton corps est un véhicule (tu sais quand tu dois serpenter dans un foule ou sur une piste de danse). Pas dans un lieu calme, il y a un enjeu ici ! Ceci est un appel au mouvement. Il faut l’écouter quand on est pétrifié. Car, avec Predator, nous sommes poursuivi. 

Merci infiniment !