Quelle joie pure de pouvoir découvrir une de tes nouvelles œuvres ! À Slap nous aimerions en savoir plus sur ton processus créatif en nous centrant sur une chanson : « Phénomène Composite ». Tentons ensemble de le décrire en 5 étapes, celles théorisées par Didier Anzieu.

1. L’inspiration – l’état de saisissement créateur

En découvrant l’album de Kevin Ayers « confessions of docteur Dream » , l’idée a germé de consacrer un album à mes rêves nocturnes. La méthode de Van Vogt, écrivain de science fiction qui trouvait les idées de ses romans pendant son sommeil paradoxal m’a paru une bonne méthode de travail. L’inspiration vient donc directement de mes rêves pour cet album précis.

Était-il de l’ordre de la crise intérieure telle que la décrit Anzieu, d’une urgence à saisir ? Quel souvenir as-tu de ce moment ?

De manière générale, l’inspiration est tout le temps là, c’est un état de disponibilité au monde, de réceptivité, il faut savoir s’y ouvrir. Pour cet album j’ai été puiser dans mes rêves qui est une première matière formidable pour commencer à composer, à écrire, il faut accepter de travailler sur les mélodies, harmonies, et scénari apparus en rêve. Pour ‘Phénomène Composite’, c’était un rêve récurrent, un scénario . Mon inspiration me vient de la vie, de la musique, du cinéma, de la littérature.

2. La prise de conscience des représentants inconscients Quand ? Où ? Comment ? As-tu pris conscience qu’une œuvre naissait ?

Quand j’étais gamine, je voulais chanter, écrire, peindre m’exprimer… ça a toujours été présent en moi. Pour ‘Phénomène Composite’ je rêvais de femmes avec des petits pénis, c’était naturel les femmes étaient constituées comme ça. J’en ai fait une chanson qui tend à rétablir l’égalité homme/femme.

Dans ce morceau, quelle serait la part de l’inconscient et du conscient ? Voire du pré-conscient ?

Je pense que le point de départ est toujours inconscient, on se laisse emmener par l’idée et ça déroule tout seul. Après on essaie d’y mettre du sens, de construire une architecture musicale et ensuite de faire une narration qui se tient. Et chaque élément se répond (architecture musicale et narration en écho) pour obtenir la chanson. On bosse les arrangements une fois que la chanson (texte mélodie et harmonie) a une forme satisfaisante.

3. Le choix du code organisateur, le choix d’un matériau apte à donner corps à l’oeuvre

Quels instruments, machines, sons, as-tu choisi instinctivement pour donner corps à cette oeuvre ?

J’ai choisi en priorité les claviers. J’ai plaqué des accords en commençant à chanter la mélodie, je voulais une ligne claire et presque quelque chose qui pouvait faire penser à Stevie Wonder dans la mélodie mais avec un truc plus français à la Burgalat dans la rythmique, j’ai composé le pont en pensant à Robert Wyatt, mais tout ça est venu instinctivement.

4. La conception – composer l’oeuvre dans ses détails

Comment as-tu vu ensuite ce morceau grandir ?

J’ai enregistré la maquette seule avec une boite à rythme, mes claviers puis, couplet refrain pont et puis ensuite j’ai fait écouter à Benoit De Villeneuve avec qui j’ai réalisé l’album, on a refait la rythmique ensemble, on a essayé des sons de claviers différents.
J’ai laissé reposer.
Et puis un jour je parle avec Vincent Taeger et Vincent Taurell de mon projet d’album, ils me disent qu’ils seraient partant pour essayer des arrangements. Donc on fait un essai dans leur studio sur cette chanson. On a encore changé la rythmique et Ludovic Bruni est venu faire des guitares électriques. Mais nous n’étions pas entièrement satisfaits, en fait on a changé la tonalité, et on a augmenté le tempo et c’était beaucoup mieux. Puis j’ai retravaillé avec l’AS Dragon sur la base de ce que j’avais fait au départ dans mes maquettes mais en mélangeant des idées de Vincent Taeger, Ludovic Bruni et Vincent Taurel, et j’ai eu l’idée du solo de sax sur le pont.

5. La diffusion – produire au dehors

Si tu te mettais dans la peau de quelqu’un qui découvrait l’oeuvre finie, quelle en serait la meilleure manière ?

Dans mon canapé et en sirotant un petit prosecco 😉

Quelles différences et points communs entre cette oeuvre finie et l’idée qui avait émergé au tout départ ?

Au final j’ai l’impression que la chanson ressemble à mon idée de départ mais en mieux plus incisive.

Un grand merci.