1997

Après quelques mois passés à New York, la Mecque du rap, le groupe IAM sort son troisième album, intitulé « L’Ecole du Micro d’Argent ». Des samples d’exceptions sur lesquels les Shurik’n, Akhenaton et autre Freeman promènent leurs rimes tranchantes et leur prose si élégante. Le succès est immédiat, l’album étant toujours, à l’heure actuelle, l’opus le plus vendu de l’histoire du rap français (1 600 000 exemplaires).

2017

20 ans et presque pas une ride plus tard, les papis du rap reviennent pour une tournée anniversaire qui restera sans doute dans les mémoires de plusieurs générations d’adorateurs de ces empereurs du côté obscur. Car c’est bien cela qui a fait plaisir à Slap ! lors de sa présence au Zenith ce soir là : la diversité de publics que rassemble le groupe. Balayant la foule d’un regard rendu flou par deux pintes de bière belge et de la fumée à l’odeur suspecte, on se rend compte du travail accompli par ces marseillais à l’accent prononcé. A plus de mille bornes de chez eux, IAM réussit à faire salle comble, et à attirer une faune variée : cadre dynamique sortant à peine d’une réunion, famille nombreuse venue pour faire plaisir à papa, ou groupe d’amis aux cheveux grisonnant et aux lunettes double foyer. Tout ce beau monde est en place pour un voyage dans le temps, à l’époque où le flow et la rime n’étaient pas ternis par un beat trap et de l’auto-tune à tire-larigot.

Et pourtant, le concert commence par quelques morceaux des albums plus actuels du crew. Une courte parenthèse en guise d’introduction qui permet à certains de découvrir l’œuvre récente du groupe. On notera notamment l’effet kiss cool produit par le morceau « Monnaie de singe » et son beat ultra moderne.

On se rapproche de la scène alors que les premières notes de «Nés sous la même étoile» retentissent dans une salle désormais survoltée. Les milliers de personnes présentes reprennent à l’unisson le refrain de cette chanson entrée dans la légende. Enfin la machine à remonter le temps fonctionne, et nous dépose tranquillement en 1997. On ressent alors pleinement toute la beauté parfois emplie de tristesse de cet album,  comme un reflet, une photographie de la société de l’époque. Un Vjing de qualité renforce également cette plongée sans oxygène dans le quotidien des cités marseillaises.

Les titres fusent (l’Empire du côté obscur/ Quand tu allais, on revenait/  Elle donne son corps avant son nom) et l’exaltation prend place. A 50 ans bien tassés, les membres du groupe n’ont rien perdu de leur talent. Akhenaton (et son cheveu sur la langue si caractéristique) pose ses lyrics aiguisés sur le beat avec toujours autant d’assurance. Kheops balance les beats comme au bon vieux temps. Shurik’n démontre une nouvelle fois qu’il est sans doute le meilleur MC de l’histoire du rap français, à travers notamment quelques morceaux de son album « Où je vis« , dont certains sont interprétés en solo, dans une pénombre qui représente bien la noirceur de cet opus. Enfin, « Demain c’est loin » retentit et la bulle se referme complètement autour de nous, nous laissant seul dans l’univers en compagnie de ces génies de la rime.

On en oublierait presque notre fonction de reporter, tant le groupe nous aspire et nous entraîne dans son univers de l’époque. Une courte vidéo de ce concert sera malheureusement le seul souvenir visuel adressé à nos chers lecteurs. Et puis merde, vous n’aviez qu’à y être!