Dans cette deuxième partie Monsieur Bonheur nous parle de ce qu’il aime, de ce qui l’inspire, de musique, de spiritualité, en gros un bon moyen pour en apprendre plus sur ce jeune photographe. 

Qui sont tes inspirations en photographie ?

MB- C’est mon plus gros problème, c’est ce que j’explique souvent. Je me tire un peu une balle dans le pied dans le sens où j’ai pris la décision de pas trop suivre d’artistes parce que je suis facilement influençable artistiquement. Je suis assez vite fan de quelqu’un donc j’évite de suivre des photographes parce que j’ai pas envie d’avoir d’autres influences dans mon travail, j’ai envie de vraiment rester authentique. J’aspire à être un artiste humain qui s’inspire de ses propres émotions, celles du quotidien, pas un qui s’inspire du travail des autres et qui passe son temps en galerie. Je ne dis pas que c’est moins bien, c’est juste un choix. Après j’ai vu le travail d’autres photographes sur des thématiques similaires aux miennes que j’apprécie comme JR, ou le réalisateur Larry Clark qui font du taff que je kiff mais j’évite de trop regarder ce qu’ils font.

Mes inspirations sont plus humaines et spirituelles, après je pense que tout artiste fait partie d’un mouvement qui varie selon les périodes. Si on devait me décrire on peut me mettre avec le type d’artistes qui font de la photo argentique, mais je prends mes photos vraiment de manière instinctive je ne cherche pas à correspondre à un mouvement. J’ai grandi dans l’urbain donc c’est probablement ce à quoi je suis sensible. J’aime la lumière et l’obscur donc j’aime le contraste mais ça reste super instinctif, c’est pour ça que dans mes projets y’a des photos qui du point de vue technique n’ont rien à voir parce que je me base beaucoup sur ce que je ressens sur le moment.

« J’ai encore du mal à me considérer comme photographe, je me dis plus engagé ou poète de l’image. »

Quels sont les sujets qui te touchent et que tu aimerais traiter en dehors de la question identitaire ?

MB- Tout ce qui ce rattache au social me fascine : la vie et le savoir des gens, les rapports humains. J’ai côtoyé des classes sociales et des cultures différentes, aujourd’hui j’habite dans le 17eme, j’ai grandis aux 3000, j’ai pas mal voyagé et je suis super curieux d’en voir plus, c’est ça qui m’intéresse et m’inspire le plus. J’ai envie de travailler des choses qui ne sont pas vues ou ont été mal vues et j’aime faire les choses avec force donc ça demande du temps. Il y a beaucoup de sujets qui m’intéressent mais je me dis que j’ai encore le temps, je n’ai que 26 ans.

Est-ce que tu vies de la photo aujourd’hui ?

MB- Non je bosse à côté, pendant longtemps et même maintenant j’ai encore du mal à me considérer comme photographe, je me dis plus engagé ou « poète de l’image ». Je suis vachement inspiré par la musique et tout ce qui s’est dit dans le rap français, tous ces messages que j’ai entendu plus jeune que j’ai envie de retranscrire en image. Donc aujourd’hui je ne me vois pas travailler pour quelqu’un avec des demandes. Je me vois plus indépendant et bosser pour mes propres projets, mais si un jour je pouvais vivre de mes propres projets ce serait top, mais c’est pas ma priorité pour l’instant, je reste engagé et je verrai où ça me mène !

Tu te dis engagé artistiquement, comment ça se retranscrit dans ton quotidien ? 

MB-  Je m’engage beaucoup par la parole, après je ne suis pas un messie ou quoi, j’ai aussi mes clichés, mais vu que j’ai l’occasion de côtoyer pleins de personnes issues de milieux différents je leur parle beaucoup. Notamment à ceux qui arrivent sur Paris et qui ne connaissent la banlieue qu’à travers ce qu’on leur montre dans les médias. C’est vraiment ce genre de contact qui m’a donné envie de montrer en images la banlieue. Pour moi la conversation est l’un des seuls moyens de casser les préjugés et les injustices qui en découlent. Il y a des gens à qui tu ne peux pas vraiment en vouloir parce qu’ils sont manipulés et que personne ne leur dit le contraire alors j’essaye de véhiculer mon expérience et ce que je pense au quotidien.

Parlons rap du coup, quelles sont les punchlines qui t’ont marquées ?

MB- Celle que j’ai le plus aimé dans ma jeunesse c’est « J’baiserai la France jusqu’à c’qu’elle m’aime » (Tandem – 93 Hardcore) parce qu’elle a une connotation assez puissante et qu’elle te permet de tout comprendre. Tu comprenais pourquoi en banlieue c’était trash, pourquoi les gens en avaient marre, enfin je suis pas sûr qu’elle permettait aux gens qui ne venaient pas de banlieue de tout comprendre et c’est pour ça qu’elle a autant choqué à l’époque. Mais moi je l’ai tout de suite comprise parce que t’avais tellement l’impression de pas être aimé que t’avais envie de tout niquer jusqu’au moment où tu serais apprécié. Mais en fait c’est humain comme réaction ! Quand t’es ado et que les gens te font chier tu commences à devenir plus violent pour te faire entendre et c’est une fois que tu es entendu qu’ils te comprennent peut-être et commencent à t’aimer. En vrai c’est la même démarche, c’est vraiment ma punchline de référence !

Après pour parler d’artistes Alpha 5.20, LIM, en fait j’aimais les artistes trash, j’aimais l’hardcore parce qu’au delà du hardcore les mecs disaient des trucs tellement beaux. C’est plus des artistes qui m’ont marqués que des punchlines parce que c’était le tout que j’aimais : leurs musiques, leurs choix, leurs thèmes et même leurs clips… ‘fin Tandem c’était un truc de ouf ! Je pense que c’est plus les morales des sons qui me faisaient kiffer en fait !

En étant aussi attaché à cet aspect du rap, est ce que tu apprécies ce qui se fait actuellement ?

MB- Ouais bien sûr ! Je pense qu’il faut s’adapter à son temps, tout évolue et c’est intéressant de voir ce que le rap est devenu aussi. Après on a tous nos goûts et nos couleurs, il y a des artistes que je n’aime pas trop et d’autres que je kiffe pour différentes raisons.

De base j’aime le rythme, j’aime la musique, quand j’était petit j’écoutais du rap US pourtant j’en parlais pas un mot et j’adorais ça !  C’est ça qu’est cool avec la musique, donc est ce qu’aujourd’hui tu peux dire que t’aimes pas le rap français parce que les textes sont devenus un peu plus… minimalistes j’ai envie de dire ? (rires) J’en suis pas sûr parce qu’au niveau rythmique y’a des trucs plus cool qu’avant, l’instrumentale a évolué, le vocodeur parfois c’est bien géré et c’est cool ! J’aime aller en soirée, Damso j’adore, même Booba je le kiffe et le Booba d’avant je le kiffe aussi alors que pour moi ils ont rien à voir l’un avec l’autre !

Pause, je ne veux pas lancer de débat mais Booba est-il toujours sur le trône ?

MB- Bah ouais, je respecte de ouf les mecs comme lui ! Il y a juste eu une phase où j’ai un peu décroché. J’ai pas compris son évolution au début des années 2000 où c’était le début du côté plus électronique dans la musique, le vocodeur, le côté bling bling, alors qu’avant c’était un mec qui faisait du rap underground, rap brut que j’adorais !

Le rap c’est toujours un style que j’aime aujourd’hui c’est vrai que je trouve dommage qu’on entende moins ces messages, heureusement t’as des mecs aujourd’hui comme Fianso qui reviennent ou du moins qui en font. Donc on recommence à entendre un peu de rap engagé et de la musique engagée en général et c’est cool. 

C’est quoi le dernier projet rap qui t’as mis une claque ?

MB- C’est marrant que tu me demandes ça parce que ce matin j’ai commencé à vraiment m’intéresser et à regarder les « Rentre dans le cercle » de Fianso où il invite un peu tous ses gars. Je regardais son passage sur Skyrock où il a vraiment fait passer pas mal de monde dessus, des mecs de Nice, Lyon et je trouve ça chanmé d’avoir cassé ces barrières. Parce qu’avant le rap fonctionnait vachement par zones et dans la cité en général c’est vachement par zones aussi en fait. Et là ce que je trouve cool avec Fianso c’est que c’est un mec qui a envie d’unifier toute cette street culture et qu’on soit tous ensemble et ça j’adore !

C’est un vrai projet que je kiffe, après je kiffe pas tous les rappeurs qui y passent mais le concept est énervé ! Il a fait passer des gars d’Aulnay que je connais et c’est là que je me suis dit que le gars était bon quoi ! En tant que rappeur j’suis pas plus fan que ça, bien que je trouve certains sons cool, mais c’est un mec charismatique qui fait pas semblant. Il est super humain et authentique, en plus il vient du 93 donc forcément ! Moi j’arrête pas de dire que les perles viennent de là, mais bon les gens finiront par le comprendre ! (rires)

Dans ta story instagram j’ai pu voir que t’écoutais aussi du Linkin Park, tu as l’air d’avoir des influences musicales assez éclectiques du coup.

MB- Ouais, elles sont super larges, là ça faisait peut être 5/6 ans que j’écoutais quasiment que de la new wave. Ce que j’aime musicalement c’est les sonorités et le trash, donc forcément j’adorais le rap us et français et plus récemment la grime anglaise parce que c’est hyper brut. Mais ce que j’aime aussi dans le rock indé, comme la new wave, c’est ce côté hyper mélancolique. J’aime quand la musique t’apporte un côté spirituel qui te fait planer. Pour revenir à Linkin Park ils ont fait des sons vachement agressifs mais qui en même temps te font réfléchir et c’est des musiques qui me stimulent grave et m’aident à produire.

En new wave je citerais Ian Curtis forcément pour sa personne et l’aspect commercial, après en indé j’aime beaucoup Lebanon Hanover, un duo berlinois qui m’ont vraiment fait kiffé la new wave. Je dis new wave mais c’est plus de la « cold wave », c’est des musiques plus badantes et un peu dark.

En gros quand je prends mes photos j’écoute plus du rap underground et quand je fais mes tris et quand je réfléchis avant d’aller sur le terrain je suis plus sur de la new wave. C’est un peu deux extrêmes et deux milieux qui ne se fréquentent pas du tout mais finalement c’est aussi ce qui fait mon travail et ça se retrouve dans mes photos. Il y a un côté mélancolique un peu froid que je rapporterais plus à la new wave mélangé au côté méga urbain qui se rapproche plus du rap.

Tu parles beaucoup de spiritualité, quel est ton rapport à cette notion ?

MB- Bah c’est plus les croyances, les idées, la sagesse,  je ne parle pas forcément de religion quand je m’y réfère. C’est penser à la vie de manière générale, à ses forces, au karma etc. C’est des choses que j’ai tout le temps en tête, en ce moment j’ai même du mal à en dormir, je suis obsédé par le futur, la réussite, l’échec, ce sont des choses que j’ai envie de comprendre, d’étudier et ça prend une grande place dans ma vie.

« Je pense que c’est important de se retourner parfois, de survoler son passé et d’en devenir fier. Je compte bien montrer aux autres qu’on a des origines chanmé en fait ! »

2018 pour Monsieur Bonheur c’est quoi ?

MB- En théorie je ne parle pas trop de mes projets j’aime bien les garder secrets. Mais pour parler des plus larges, je prépare un voyage pour les US où il va se passer des trucs cool mais je n’en dirais pas plus. Sur Paris je commence à me rapprocher du milieu de la mode notamment avec AVOC, j’aimerais bien bosser avec eux sur des projets parce que les créateurs sont super cool. Après je suis en train de commencer un court métrage sous forme de reportage que j’ai envie de sortir avec une très très grande force. Je veux sortir quelque chose de choquant qui va arriver au cours de l’année et qui, je l’espère passera un message radical qui va éclaircir beaucoup de choses sur les idées qu’on peut avoir de la banlieue ! 

Je te laisse le mot de la fin. 

MB- S’il y a une chose qui doit ressortir de mon projet c’est le côté « fier », je suis vraiment fier d’être de banlieue, d’être qui je suis, je pense que c’est hyper important et que tout le monde devrait l’être ! Je suis fier d’être du 9.3, d’être français, d’être d’originaire des Antilles parce qu’en fait on a des richesses de ouf peu importe d’où l’on vient et le plus important c’est de les trouver ! Parfois on a l’impression que c’est un peu de la merde et qu’il n’y a rien là d’où l’on vient et parfois on nous le fait croire. Mais moi je pense que c’est important de se retourner parfois, de survoler son passé et d’en devenir fier. Je compte bien montrer aux autres qu’on a des origines chanmé en fait !

Merci à Marvin d’avoir accepté de discuter avec nous, n’hésitez pas à aller voir son site et à le suivre sur insta. On ne lui souhaite que du bien pour cette nouvelle année riche en projets ! 

Tous droits réservés ©Monsieur Bonheur