Aujourd’hui 21 juin sort le morceau 200 de Safia Bahmed-Schwartz, artiste polyvalente et hypercontempo qui nous fait le plaisir de se dévoiler à travers son processus créatif. Portrait d’une grande exploratrice de notre temps en 5 étapes, celles de Didier Anzieu, psychanalyste et théoricien du « Corps de l’œuvre ». 

1. L’inspiration. Peux-tu nous raconter le tout premier instant où l’inspiration de ce morceau est arrivée ?

Cet hiver j’étais en voiture en pleine nuit dans la foret, j’écoutais nostalgie et j’ai découvert ‘I m not scared’ de eight wonder, je l’ai écouté en boucle, j’ai regardé le clip plusieurs fois, qui a été tourné à Paris, j’adore la pop des années 80, j’étais obsédée par ce morceau, mais je ne le trouvais pas assez revendicatif, trop mielleux. A cette période je n’écoutais que ce track et d’autres que j’étais en train de faire pour mon EP, dont Danse sur moi, je me racontais une histoire, d’une nuit entière passée en club, à danser avec l’addiction, celle de l’autre, celle de la substance et puis rentrer seule à pied dans les rues de Paris en plein été, quand il fait jour vers 5-6h, que tu traines dans les rues. C’est beau Paris tôt les matins d’été, mais c’est aussi la cour des miracles et rentrer sans encombre est impossible. 200 c’est cette histoire-là, cette ambiance-là, d’un trajet dans Paris pour aller en soirée, ou pour en rentrer.

2. La prise de conscience. Quand où et comment as-tu pris conscience qu’un morceau naissait ? Quelles émotions étaient liées à ce moment ?

Parfois j’écris un texte en une heure ou deux, et je le peaufine que succinctement, parfois c’est plus long, et puis tout le temps j’écris dans un cahier, et dans mon téléphone, des trucs que je lis, des trucs que j’entends, dans des films, dans la rue, dans des discussions. J’ai d’abord écrit le refrain, quand je l’ai posé sur la prod de Timothée Joly je savais que le morceau était là. Avec Tim on travaille souvent ensemble je lui dis ce dont j’ai envie, et on fait au fur et à mesure, presque à la fin, il a posé un synthé sur le refrain, qui me donne à chaque fois envie de pleurer de rage, il est peut-être inaudible je n’en sais rien, pour moi c’est la clé de voute du track, l’essence même de l’émotion de ce morceau.

3. Le choix du code. Une fois que tu avais compris qu’un morceau allait naître, vers quels procédés techniques ou matériels t’es-tu tournée ?

C’est toujours différent, par exemple, Danse sur moi c’est Paul Seul qui m’a fait écouter une prod, et tout de suite le texte m’est venu, le soir même d’une trombe il a juste fallut modifier la structure du morceau et quelques détails, pour 200 c’est différent comme je disais précédemment, on a fait ensemble, d’abord une mélodie, un kick, c’est important le kick ! et quelques percus, j’ai posé le refrain, après il fallait faire le reste, je voulais pas d’un morceau rap classique, j’aime la redondance de la trap, c’est une forme de poésie sonore, les mots se répètent et butent dans ta tête en repeat, mais j’ai d’autres choses à dire, c’est un mélange de tout ça.

4. La conception. Si tu devais la comparer à celle d’une œuvre d’un autre art, laquelle serait-elle ? Peux-tu nous raconter un peu comment tu l’as conçue ?

À la base je dessine, puis je me suis mise à l’écriture de livres, puis à les éditer pour leurs donner la forme qu’ils méritaient, puis à la photo, puis à la musique puis à la vidéo, et souvent je pense plusieurs choses en même temps, une chanson, une peinture, j’ai toujours du mal à me concentrer sur une seule œuvre, pour moi elles discutent entre elles, comme des vases communicants ce qui n’est pas bon pour l’une va pour l’autre et puis il y a l’énergie du moment, l’état d’esprit. Quand j’écoute 200, j’ai l’impression de l’avoir pensé comme un film. Ou comme une peinture de 250×200, un grand truc, qui te prend, genre Guernica de Picasso.

5. La diffusion. Comment vas-tu t’y prendre pour diffuser le morceau ? Quel est l’objectif principal s’il y en a un ?

Je n’ai pas d’objectif particulier évidemment j’aimerais que mes clips soient vu, certains le sont d’autres moins, et ça me va, ça en fait des trésors qui existent, qui sont là, qu’il faut chercher, puis juste se laisser aller à cet objet particulier. Pour 200 le clip est spécial, c’est un hommage à l’émission ‘Faites entrer l’accusé’ un petit épisode de 4 :32 dans lequel on ne sait pas si je suis la victime ou la tueuse.

Guernica - Pablo Picasso

Guernica – Pablo Picasso