Hello Puzupuzu ! Sur Slap on suit avec beaucoup d’intérêt ton travail qui nous fait terriblement danser mais qui marque aussi par son intelligence, tant il parvient à synthétiser plein d’influences diverses et subtiles. On voulait avoir ton regard sur ton propre processus créatif en nous concentrant sur le morceau ‘treo’ que l’on te propose de décortiquer via les cinq étapes qu’à décrit le psychanalyste Didier Anzieu.

1. L’inspiration. Peux-tu nous décrire avec tes mots et ton style comment tu as pu ressentir ce qu’Anzieu appelle également le « saisissement créateur » ? Ça te prend souvent ? As-tu une recette spéciale pour favoriser son apparition ?

Je ne sais pas si je ressens à proprement parler un saisissement créateur, mais je fonctionne un peu par phases : je me contente parfois d’écouter la musique des autres, ou de ne pas en écouter du tout, de lire ou mater des films et des expos, bref d’absorber sans produire,chillos ; puis, au bout d’un moment l’envie de produire un truc, le besoin même arrive. Je ne force pas du tout la production, je laisse les choses venir. C’est assez souvent motivé par un track que je trouve trop stylé, et je vais en studio en me disant « je vais faire mieux » ahahah.

2. La prise de conscience. Après l’inspiration qui reste assez abstraite finalement, quels mots, idées ou images concrètes sont venus se greffer ensuite dans ta tête ? As-tu gardé tout ça pour toi ou au contraire as-tu eu besoin de les confronter avec autrui ?

De façon générale, je travaille assez peu avec des images, quand je démarre un morceau je pense directement à du matériel musical : je me dis « tiens, je ferais bien un truc avec un accord de rhodes et un beat au fond du temps, ou des triolets… » ensuite je bricole et je vois un peu ce que ça donne. C’est un peu comme la cuisine quoi, on corrige, on rajoute du piment ahah. Pour « treo », c’est assez drôle, j’avais l’idée de faire un morceau bass à 130 super broken beat qui ralentirait au milieu pour finir en house à 124, lié par cette séquence de triolets. Quand je l’ai fini, je l’ai fait écouter à mon frère Nathan Zahef (aussi dans Qui Embrouille Qui), qui m’a dit que c’était une meilleure idée de le splitter pour les DJ’s – rapport que je n’ai pas toujours quand je compose . Il y a donc une face B de « treo » qui existe quelque part ahah.

3. Le choix du code. Vers quelles instruments, machines ou parties de machines t’es-tu dirigé ensuite ? Comment s’est bâti la structure de ton œuvre ?

Bon j’ai un peu anticipé la question de la structure à la réponse précédente, mais pour le matos j’utilise toujours le même : des vieux samplers pour le traitement du son (SP 202) MPC et SP404, Ableton pour l’arrangement et la mise en structure. Dans le cas de ce track, après la mise en place, j’ai senti qu’il manquait un truc, et la ligne de 303 s’est imposée naturellement.

4. La conception. Par la suite comment a-t-elle évolué ? Quelles découvertes t’ont portées ? Même question : ce chemin s’est parcouru seul ou accompagné ?

Je n’aime pas trop montrer ce que je fais avant le résultat final, mais comme je l’ai dit plus haut, une fois que le premier jet est fini, je le fais écouter à mes srabs les plus proches : Romuald de Clap 42, Charles Crost de LTM, Nathan… Je prends leurs remarques en compte (ou pas ahah), je laisse reposer, et je retravaille le truc.

5. La diffusion. Une fois le produit fini qu’en as-tu fait en premier ? À quel moment de ton set penses-tu pouvoir la placer ? Si c’est déjà fait quelles vibrations procure-t-elle dans la salle ? Et à l’intérieur de toi ?

Je pense assez rarement à la destination d’un morceau quand je le fais : je le fais puis ensuite je me dis tiens ça collerait bien sur tel label ou telle compile. Le dernier exemple c’est sur la future compile de Lief Records, le label de Waldman, qui va bientôt sortir : j’ai fait un jam vraiment batida pour le live, il m’a proposé de mettre un morceau sur la compile, et ça a collé direct. Si destination il y a, c’est plus dans l’optique de « morceaux que je vais jouer en live » et « morceaux à écouter chez soi ». Après je teste en live et DJ set et je vois si ça marche ou pas.

Puzupuzu (Sylvere Hieulle)

Puzupuzu (Sylvere Hieulle)

Merci Beaucoup !