Salut Perez, nous avons été totalement charmés par ton nouvel album Cavernes. Nous voulions donc en savoir plus à travers le portrait de l’une de ses chansons : le looping. Plongeons-nous dans ton processus créatif via les 5 étapes décrites par Anzieu.

1. L’inspiration. Te souviens-tu de la toute première seconde où ce morceau est né ? Était-ce via un mot, un son, une idée, autre chose ?
Ce morceau a une histoire un peu particulière. Il a été écrit pour une exposition dans laquelle je collaborais avec le photographe Nicolas Hosteing. C’est un photographe qui a une approche plastique, sculpturale de la photographie. Notre idée c’était de construire quelque chose à mi-chemin entre le décor et la scène à partir des photos de Nicolas. Pour ma part, je devais écrire une chanson en réaction aux différentes photographies et jouer cette chanson à l’intérieur du dispositif. J’avais donc entre les mains une vingtaine de photos, comme une sorte de rébus à interpréter. L’idée de la narration permettant de relier les différentes photos entre elles m’est apparue dans un train. J’ai écrit le texte quasiment d’une traite. Ce qui est assez rare pour moi. En général, le processus d’écriture est assez long et laborieux. L’histoire est donc la suivante. Un homme sort de prison en pleine campagne, il gagne une petite ville et boit quelques verres de whisky dans un bar. Puis il décide de marcher jusqu’à une boite de nuit nommée « Le looping ». La boite de nuit semble totalement déserte mais à force de fouiller le bar il finit par trouver une cage contenant un canari. L’oiseau se met alors à lui parler. Il lui fait l’article de tous ses échecs et devient de plus en plus insultant au fur et à mesure qu’il monologue.
2. La prise de conscience. Quand as-tu su que cette idée allait se concrétiser et que ce morceau allait faire partie de l’album ? Pourquoi ce choix ?
J’ai joué la chanson le soir du vernissage et je trouvais ça dommage qu’elle ait une existence aussi éphémère. Et puis je travaille depuis longtemps avec des plasticiens et je me suis dit que mettre cette chanson sur mon album c’était une manière de rendre le lien entre ces deux champs de la création plus explicite. C’était enfin une manière de rendre hommage à cette collaboration, Nicolas est un très bon pote et ça fait plusieurs fois que l’on fait des choses ensemble, j’avais envie de marquer le coup.

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 3. Le choix du code. Vers quels matériaux t’es-tu tourné par la suite (instruments, sons, intonations, effets) ? Sur quels critères les as-tu choisis ?
La première version de la chanson était assez brute et bruyante. J’ai voulu la travailler un peu différemment pour l’album, sans pour autant modifier les mélodies ou le texte. J’avais envie de marquer davantage les différences entre les passages de l’histoire, pour accentuer le côté cinématographique. Surtout le début, j’avais en tête des trucs de musique ambiant et de musique sérielle, Tangerine Dream, Emerald Web, Huerco S, Circular Ruins, Terry Riley, Steve Reich. J’ai utilisé des sons de flutes, beaucoup de delays, des arpegiators et du field recordings. Ensuite, sur la partie de la boite de nuit, on s’est bien pris la tête avec Strip Steve avec qui j’ai produit le disque. L’idée c’était de faire référence à la musique club sans pour autant partir dans un vrai track de house ou de techno ce qui aurait été un peu trop abrupte. Strip Steve a fini par trouver la solution en mêlant des samples de house avec des bruits industriels et des sonorités tribales. Sur cette chanson en particulier, il fallait vraiment que la musique soit au service du texte, qu’elle en facilite la compréhension, qu’elle maintienne l’attention de l’auditeur.
4. La conception. Peux-tu nous parler un peu de la fabrication de ce morceau ? Si tu devais le comparer à l’œuvre d’un autre art quel serait-elle ?
C’est plutôt logique compte tenu de sa genèse mais cette chanson est assez semblable à l’installation dont elle est inspirée. C’est à dire qu’elle est l’assemblage de matériaux hétérogènes, elle est une sorte de collage entre différents styles musicaux, différents types de sonorités, différents registres de langages.

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5. La diffusion. Maintenant que l’œuvre est lâchée dans le grand bain, que lui souhaites-tu comme destin ?
Je suis content parce que la chanson est souvent citée dans les chroniques de mon album. Comme elle dure 8 minutes et qu’il y a beaucoup de texte j’avais un peu peur que les auditeurs n’y prêtent pas attention et la zappent. Mais apparemment ça a touché certaines personnes. La prochaine étape c’est de la jouer sur scène. C’est une chanson à laquelle je tiens beaucoup donc j’espère qu’elle aura une belle vie épanouie.
Merci Perez !