Pour le festival Astropolis le Lavoir représente un spot très particulier, géré merveilleusement par le collectif rennais NVNA. Nous voulions en savoir plus sur la manière dont cela  avait était pensé. L’interlocuteur est Camille.

1. L’inspiration. Pouvez-vous nous raconter le tout premier instant où il a été question d’investir cet espace ? Qui a eu cette inspiration ?

Un des membres ayant habité quelques temps à Brest avait en tête ce lieu, qui est géré par les résidents du quartier Saint-Martin. L’idée d’investir ce lieu pendant Astro est arrivé sur la table, puisque la grande majorité des membres de NVNA avaient déjà arpenté ce festival.

Pour revenir sur le premier instant, puisque seul Arpels connaissait cet espace il y avait pour la plupart d’entre nous beaucoup de fantasmes pour cet endroit ( lieu couvert ou pas, plus petits ou plus grands etc).

2. La prise de conscience. Une fois l’idée lancée, quand avez-vous pris conscience que cela allait réellement se réaliser ? Quel était votre état d’esprit à ce moment-là ?

Il y a eu beaucoup d’euphorie au moment où l’on a su que l’on avait le lieu pour de bon pour Astro, beaucoup d’idées assez extrêmes, des projets de lieu immersif, d’art total. Le collectif était vraiment marqué par une cohésion générale dans la vision musicale que l’on partageait de l’occupation du lieu, c’est a dire des live, de la musique en opposition a ce qui est proposé dans les off de l’après midi.

Il y avait vraiment l’idée d’un sanctuaire, un lieu qui n’avait pas pour but final de générer une consommation. On a pensé le lieu comme un espace qui n’était pas juste là pour meubler. Ainsi on a proposé de la musique plus introspective induisant une écoute plus intensive, ce qui est encore le credo du collectif. On a ajouté à cela des expositions dans le but d’enrichir l’espace

3. Le choix du code. Que représentait pour vous au départ cet espace d’expression ? Quelles étaient ses contraintes et quelles ont été leurs conséquences ?

Ce qui est intéressant avec le lavoir c’est que c’est une zone ayant perdu son rôle premier, qui était celui d’un endroit social nécessaire à la vie en collectivité. Ce rôle se retrouve au travers d’événements culturels qui y sont organisés actuellement. Et puis il est indéniable que le lavoir a beaucoup de cachet, sans compter sa situation géographique dans Brest même.

Au niveau des contraintes découlant du lieu, la principale contrainte a été que normalement il n’y avait pas de musique amplifiée dans le lavoir, mais les membres de l’association qui le gèrent nous ont autorisé à en diffuser quand même. L’interdiction d’alcool nous a été bénéfique, l’espace se transformant ainsi en un lieu d’écoute et pas seulement de fête.

L’architecture du lieu en elle-même n’était pas forcément évidente pour son genre mais du coup nous a forcé à faire preuve d’ingéniosité.

4. La conception. Comment s’est fait l’investissement matériel et psychique du lieu ? Après quelques années quelles ont été les évolutions ?

Le lieu nous a imposé plus que nous lui avons imposé. Quand on investi un espace comme celui-là, l’enjeu n’est pas de le changer à notre image mais justement de le laisser suffisamment visible pour le faire parler de lui-même. La question est de magnifier l’endroit, comme si nous lui devions une forme de respect. Comme dit précédemment, l’idéal de l’espace commun était ancré dans la fonction du lieu, nous n’avons eu finalement qu’à nous servir.

La première année était très protocolaire : les murs couverts sur les côtés, des tableaux et quelques sculptures.

L’année d’après Sethi a proposé un ensemble de pièces qui ont été installées dans le réservoir vide. C’était une série de moulages de tissus, qui entraient en résonance avec la fonction originelle du lieu (bon ok, ça fait branleur, mais dans l’interview ça a de la gueule). Plus généralement on a gardé sur la deuxième année une certaine nonchalance dans l’organisation, phénomène inhérent au collectif.

Les musiques proposées l’année dernière étaient plus rythmées, avec une programmation plus variée au niveau de genres sans être trop dancefloor.

5. La diffusion. A l’aube de cette édition, qu’avez-vous préparé de spécifique ? À quelles sensations doit s’attendre le festivalier qui passera par là ?

Nous voulons revenir vers le fantasme de la découverte du lieu, avec toujours l’idée de le transformer sans le dénaturer. Il n’y aura pas d’exposition à proprement parler, mais un scénographie minimaliste et évocatrice d’une esthétique musicale propre au collectif. On a compris que l’immersion pouvait s’atteindre aussi par une unité visuelle plus que par un empilement d’expositions diverses.

Pour la musique, cette édition sera plus extrême et sans concession. On est revenu sur l’idée d’accompagnement pour se tourner vers des genres peu représentés, qui auraient pourtant leur place dans une programmation électronique diurne.

De ce fait, l’idée est toujours de surprendre le spectateur, de l’immerger dans un espace cohérent donc les limites sont poreuses, et qu’il en ressorte sans savoir réellement où il se trouvait. C’est notre aspiration.