1. L’inspiration 
Peux-tu nous parler un peu de là d’où vient le morceau ?
Stargaze vient d’une question: quel bruit fait l’univers?  J’étais allongé face aux étoiles et j’ai imaginé une trame sonore.
J’ai découvert les jours suivants cette nuit, la radioastronomie. J’ai commencé à écouter des enregistrements de corps célestes, le « son » du soleil, de pulsars, de Saturne… J’ai pensé que ce matériau serait un beau squelette pour ce nouveau disque, j’aime l’idée qu’on essaye de rendre sonore l’ espace.
Dans le titre Stargaze, on « entend » d’abord le soleil et les explosions qui surviennent à sa surface, un pulsar sert de kick, c’est en fait une étoile à neutrons qui tourne sur elle même à une certaine vitesse. J’ai trouvé un pulsar parfait, au même bpm que la chanson.
Sur le plan temporel : as-tu vécu ça plutôt comme une urgence à concrétiser ou au contraire as-tu laissé du temps au temps ? Raconte-nous un peu stp.
Ce n’est jamais une urgence d’écrire. J’ai besoin de laisser germer des idées en moi, de les développer, de me documenter, de vivre avec elles. Cela participe à mon imagination. Mais dès que j’ai l’idée précise de la forme que prendra la musique, l’écriture se délie. Je pense que de manière générale nous vivons trop vite et trop en surface, nous passons à coté de la poésie de notre monde. Il n’était pas urgent de concrétiser ce disque, l’univers est encore là pour un bon bout de temps.
2. La prise de conscience 
Quel souvenir as-tu du moment où ça a pu passer de l’expérimentation ou du tâtonnement à quelque chose de concret qui naissait ? 
Ce moment correspond à une période spéciale. J’ai ralenti toute ma vie. J’ai changé mon rapport au temps, et arrêter de vivre sur l’échelle de 24 heures. Dégagée de cette contrainte de temps, mes idées de sont libérées, je suis partie littéralement dans l’espace. Mes 2 disques précédents contiennent dans leur création ce moment de flottement et d’apesanteur. Ce relâchement amène la musique de manière naturelle.
Quels mots pourrais-tu mettre sur cette prise de conscience ?
Je dirais que c’est une expérience, une transformation de soi lors d’un voyage physique et intérieur.
3. Le choix des codes 
Quand il fut question d’aller vers tes instruments ou machines comment se sont faits ces choix ? 
J’aime fabriquer des matières sonores à partir de mon violon, et d’un Juno. Cette recherche m’a donne l’identité sonore du disque. Ensuite j’ai écrit les morceaux simplement, piano-voix. L’arrangement s’est ensuite fait avec ces matières fabriquées, harmonisées.
Peux tu énumérer les différents outils que tu as utilisés et avec quelle idée ?
Les enregistrements de radioastronomie constituent la plupart des rythmiques et des pads, je voulais qu’ils soient l’assise du disque. J’utilise aussi des micros piezzo pour créer des frottements rythmiques. Ensuite je sample des synthés, des motifs vocaux, du piano… Je les travaillent dans le logiciel de musique Live Ableton. Par exemple j’ai utilisé des kicks pour des éléments mélodiques. J’ai créé des motifs rythmiques dupliqués sur plusieurs pistes, passé le BPM de 20 à 999, à un moment des notes apparaissent. J’ai fabriqué avec ces sons des synthés… C’est ainsi que j’imagine ma musique, des expérimentations assemblées les unes aux autres.
4. La conception 
À quelle autre œuvre d’art pourrais-tu comparer ton morceau en terme de conception ?
Je pourrais comparer Stargaze à une sculpture sur pierre. Le bloc amène la forme. La seule différence réside dans le fait que la matière première n’est pas prélevée dans la nature mais créée, pour être ensuite sculptée.
Même question pour le résultat ?
Je ne peux pas répondre à cette question. Ce résultat est une interprétation personnelle d’un voyage dans l’espace, ce voyage étant lui même fantasmé, il est donc unique pour moi mais j’espère, parlera aux auditeurs et je serai ravie que des analogies naissent dans leur imagination.
Te parait-il correspondre à l’idée de départ ? 
Je pense que oui dans la mesure où il appelle l’élévation, mais c’est très personnel.
5. La diffusion 
Quels questionnements ont pu te traverser au moment de la diffusion ?
C’est difficile car à ce moment là, le morceau ne m’appartient plus. Je l’écoute comme une musique très étrangère, loin de moi. Je me demande ce que cette musique évoque à l’oreille de celui qui l’écoute. Quelles histoires seront imaginées? Quels images surviendront?
Quels retours les plus marquants pourrais-tu partager avec nous ?
Je vais parler d’un autre titre, « Mer Noire« , le seul titre en français de l’EP. Une magie intervient quand je l’interprète en concert, due à l’échange immédiat qu’il procure avec le public. La langue française permet alors un dialogue immédiat, c’est très jouissif.
Pour revenir au titre Stargaze, l’échange que j’ai eu avec la réalisatrice Laetitia Bech a été passionnant. Je lui ai demandé de mettre en image ce décollage vers l’espace, cet apesanteur qui précède le voyage. Quand j’ai visionné le clip, j’ai été très émue de son interprétation. Je lui ai naturellement demandé de clipper les autres titres de l’EP.
Merci !