A l’occasion du Coconut Festival, bien installés dans la caravane de Chez Marcel & Co, nous avons rencontré François Marry, chanteur du groupe François & The Atlas Mountains. Retour sur cette entrevue réalisée par Chloé et Thomas.

françois marry

© Chloé Lafeuille

Sur ton dernier album tu as voulu faire passer un message plus fort, montrer un engagement, comment s’est passé ce déclic ?

François : En fait, il y a eu plusieurs raisons à ça, je pense d’une que c’était par rapport à la période, à l’époque à laquelle on a répété ces morceaux c’était après les attentats de Charlie et c’est vrai que ça paraissait tellement superficiel et léger de faire de la musique dans ces temps là. Je pense que tout le monde a ressenti ça dans tous les genres d’activités, que tu sois pompier ou ministre je pense que tout le monde s’est senti déconcerté, complètement déconcerté même… Donc c’était en partie lié à ça, l’autre raison c’est que je me rends compte de part mes passages publics où de la façon dont je fais des interviews ou des échanges, je commençais à être fatigué de tout le temps parler de musique, parce que la musique est faite pour être écoutée, sentie, dansée, livrée … Finalement tant qu’à avoir une portée publique dans ma parole autant essayer de me faire le relais de messages de prises de conscience et de démarches positives. Je n’ai pas voulu faire un album concept autour de ce qu’était d’être citoyen en 2015 mais je voulais quand même amener l’idée que je voyais beaucoup d’initiatives, beaucoup de gens qui cherchent à trouver une place dans le monde politique dans lequel on vit. Et se débarrasser de la politique politicienne, se dire que chacun même quand on est musicien on peut juste exprimer cette recherche de vouloir aller dans un mode de vie meilleur tout simplement.

« je commençais à être fatigué de tout le temps parler de musique, parce que la musique est faite pour être écoutée, sentie, dansée, livrée »

François & The Atlas Mountains

© Chloé Lafeuille

C’était en 2015, depuis comment t’as évolué dans ta manière d’en parler, est ce que tu as senti une évolution depuis 2 ans, au niveau des prises de consciences ? 

F : Dans les moyens médiatiques auxquels j’étais confronté je n’avais pas vraiment l’occasion d’exprimer des idées de manière très subtile et de les étaler notamment lors de passages télé. Tu es tout de suite mis dans une case donc c’est très difficile de s’exprimer subtilement sur des sujets qui sont aussi lourds et qui prennent du temps à développer. Finalement c’est assez compliqué d’en parler, je pense que la musique comme la politique il faut la vivre et agir plutôt qu’en parler. Mais j’ai été satisfait de voir que certaines personnes avaient été heureusement réceptives à ça. Et puis je reste toujours attaché à ce que j’exprimais dans un morceau comme « La Vérité » : la vérité je ne la connais pas et la seule chose dont je suis sûr c’est que je ne sais rien. Donc je navigue avec cette manière là d’aborder le monde.

Tu as une manière aussi très visuelle de faire passer des messages comme avec le clip « Le grand dérèglement ». Est ce que c’est important pour toi de ne pas passer que par la musique mais aussi par l’écriture et l’image ?

F : J’écris beaucoup de poésie pour moi même, je prends beaucoup de notes, des journaux ou quoi. La seule raison pour laquelle je continue à faire de la musique c’est pour le moment du concert pur, tout ce qu’il y a autour ça me fatigue un peu en général. Mais au moment du concert on donne une pulsation, des mélodies et puis le public est là pour danser, partager ce moment avec nous donc c’est un moment d’authenticité qui me fait du bien. Je pense que je suis attiré par toutes les formes d’art en général, il se trouve que je suis, pour promouvoir ma musique, obligé de mêler l’utile à l’agréable en passant par des images. Avec l’abondance de sorties de sons aujourd’hui la seule manière de créer une économie, de trouver un fonctionnement, enfin celle que j’ai trouvé, c’est d’en faire la promotion par des images. Vu que j’aime beaucoup dessiner que j’aime bien l’inventivité d’une imagerie ou d’un réalisateur, sur le dernier album j’ai été content de pouvoir travailler avec chaque réalisateur. Celui avec qui on a fait le clip avec le danseur palestinien pour « Le grand dérèglement », mais aussi avec Robin Lachenal qui avait beaucoup bossé avec Flavien Berger qui a une manière de traiter le clip pop et surréaliste que j’aime bien. Et puis avec Roxanne et Marine qui ont fait le clip de « Âpres après » où on a trippé sur une esthétique rétro 90 mixée avec de l’image de synthèse, du 2.0.

 

Est ce que te produire sur scène à l’étranger où ton message pourrait avoir encore un plus fort échos t’intéresserait ?

« C’était hyper rassurant pour nous de voir que ce qu’on faisait avait un sens dans le moment […] »

F : Oui, on l’a fait et ça nous a énormément inspiré. Grâce à l’Institut Français on a été jouer au Moyen Orient, notamment dans un grand parc au Caire lors d’un évènement public. C’est assez rare qu’il y ait là bas des concerts de musiques occidentales dans des parcs comme ça, et il y avait une électricité assez folle et inspirante avec beaucoup de jeunesse. Là t’es vraiment confronté à ce que c’est de transmettre une énergie et des sons, une intention plutôt qu’une mode, parce que là-bas personne n’avait lu « les Inrocks » tu vois (rires). C’était hyper rassurant pour nous de voir que ce qu’on faisait avait un sens dans le moment et puis très enrichissant de sentir que c’était compris ailleurs : c’est toujours rassurant de voir que ce que tu fais est compris et partagé.

François & The Atlas Mountains

© Chloé Lafeuille

Pour terminer, aujourd’hui on peut se demander comment, en tant qu’artiste et même plus en tant que personne, s’engager à travers ce qu’on fait. Est ce que t’as une idée de réponse personnelle ?

« J’espère essayer de faire un transfert de hype vers des champs plus engagés. »

F : Ouais je pense que moi je l’ai toujours fait par la consommation, là où je mets mon argent a, pour moi, presque plus d’importance qu’un bulletin de vote. C’est à dire que notre vrai bulletin de vote c’est notre billet et dans quel pot on décide de le mettre. Et puis le deuxième engagement c’est de ne pas ridiculiser ou de rendre clichées les initiatives associatives qui peuvent être considérées comme trop hippies ou trop idéalistes et leur accorder un rôle de modèle pour l’avenir. Je pense à l’agriculture alternative, je pense aux solutions d’éducation alternatives et je pense surtout à tous les systèmes d’entraides entre les citoyens. Vu qu’on a souvent été considéré comme un groupe « hype et branché » je voulais faire ce dernier album avec un écho un peu plus actuel et branché. Si on peut communiquer sur cette manière là de voir le monde ça serait chouette plutôt que de juste communiquer sur la hype en disant ce qui nous intéresse c’est de faire la fête et de se défoncer. J’espère essayer de faire un transfert de hype vers des champs plus engagés.