Au théâtre Antoine, Lundi 11 Décembre 2017, Didier Super était à l’affiche pour sa dernière date parisienne d’un spectacle pour grands enfants intitulé « Ta vie sera plus moche que la mienne ». Magnifique fresque de notre société et monde actuels où il est question d’une fée, qui rencontre un jeune garçon paumé, Ludovic en passe de se radicaliser. S’en suit une succession de sketchs mêlant costumes, chansons, comédie, et presques effets spéciaux. Quelques messages via Facebook et il a accepté de nous consacrer quelques minutes a la suite de sa représentation. 

Slap! –  Tu aimes à te définir comme un artiste de rue. Peux-tu nous expliquer tes débuts ?

Didier Super – Je suis devenu artiste à cause de l’échec : J’ai échoué partout ailleurs. Si j’avais pu faire autre chose, je l’aurais fait. Ensuite artiste de rue parce que c’était facile. A l’époque on faisait le festival de Chalon.
Chalon, ça dure 4 jours et c’est gratos, contrairement à Avignon où à chaque fois il y a quelques compagnies qui se retrouvent en difficultés financières après y avoir participé car ils y laissent une couille. Chalon ça ne coûte rien, on fait la manche et tu as tous les programmateurs d’Europe qui viennent sur ce festival. Si tu fais un truc pas trop pourri tu te retrouves avec 30 dates derrières, donc c’est pas mal.
Après … Ca c’est fait bêtement, je ne savais pas quoi foutre de ma vie, puis en 1998, on est partis sur la plage avec des 3 copains : Deux faisaient déjà du cirque, et le dernier et moi étions des branleurs finis. On s’est retrouvé à faire des spectacles qui mélangeaient acrobaties sur BMX et théâtre sans vraiment savoir qu’on en faisait. Ce spectacle qu’on a monté cette année là pour s’amuser, on l’a présenté au festival de Chalon en 1999. Et c’est devenu notre boulot en 2000…

Qu’est-ce que tu aurais aimé faire d’autre ?

Ah mais rien, vraiment rien. J’aurais bien aimé être bassiste, mais fallait que j’apprenne à lire la musique ça me faisait chier. Le BMX j’ai jamais eu un niveau me permettant de prétendre à en vivre. Donc vraiment, artiste par défaut.

Et ces amis, que deviennent-ils ?

Y’en a un je bosse toujours avec. On a un spectacle de vélo à deux.
Celui qui nous a vraiment mis le pied à l’étrier continue le cirque. Il adore le cirque et la danse contemporaine. Il fait des centres culturels, il est épanoui dans ce qu’il fait. Il fait de la grande culture, c’est bien pour les subventions.
Le quatrième faisait de la plomberie…et il en fait toujours.

On t’a quand même connu par la chanson, t’as fait des concerts, sorti des CD’s… A quel moment as-tu eu envie de revenir sur scène, jouer la comédie et arrêter de chanter ?

Les maisons de disques au début me classaient dans la catégorie des chanteurs. Ce qui prouve bien leur incompétence en matière artistique. Faut pas s’étonner qu’elles aient quasiment toutes disparues aujourd’hui…. Merde, c’était quoi la question ?

(rires) A quel moment t’en as eu marre de faire des concerts et de la chanson?

Ah bah dès le premier concert, à Clermont-Ferrand à la coopérative de Mai, c’était avant 2004. J’ai vu ce que c’étaient des « fans ». Des mecs à qui tu donnes un rendez-vous, sur une affiche avec la date, un endroit, une heure et un nom d’artiste et ils convergent vers cet endroit, ils sont debout et ils veulent de la musique. A partir de là … Je vais essayer de faire quelque chose de bien même le périmètre qu’on me donne est très très limité : Un bar qui sert de la bière, un public au premier rang qui est survolté, et qui veut des watts… Leur faire un truc bien avec tous ces paramètres là, c’est compliqué. J’ai essayé pendant 2 ans, de 2004 à 2006, après je me suis dit que non, ça ne servait à rien. Les gens faut pas les emmerder avec du spectacle , ils veulent se rouler par terre, dans les concerts, y’en a qui le font très bien, moi, mes chansons elles ne servent pas à ça, j’ai pas envie.

 Il faut savoir se dire « si ça rate, je m’en branle » 

On a l’impression que tu es un peu mal à l’aise avec le succès, avec l’argent. Et que tu trouves ça triste que les gens paient pour venir rire.

Bah…Evidemment, d’un côté ça m’arrange. Déjà, je suis content de ne pas faire autre chose comme métier parce que j’aime bien faire le con. Le fait de pouvoir recevoir un petit salaire en échange de ça…C’est quand même pas mal. Ce salaire… il peut être différent. C’est à dire que soit tu es dans le théâtre conventionné et tu as un directeur de théâtre qui va inviter des gens pas connus mais le public d’abonnés au centre culturel va quand même venir parce qu’on leur a dit que c’était bien. Tu vas regarder un programme de scène nationale, tu ne connais personne dedans, à peu de choses près. Mais ces gens là fonctionnent très bien parce qu’il y tout un réseau de directeur de théâtre qui trouvent leur travail formidable. En ce qui me concerne, les directeurs de théâtre viennent voir le spectacle mais ils ne proposent pas « ça » à leurs abonnés… Parce que leurs abonnés ont beaucoup trop « bon goût ». Moi je suis plus du côté de ceux qui ont un public qui leur est propre. Et quelque part, ça me va… Après les tarifs parisiens, c’est le double de ce qu’on demande en province, et je ne peux pas m’empêcher d’être impressionné, et un petit peu mal à l’aise.

Tu dis que le secret dans la vie pour être heureux, c’est de s’en foutre. Est-ce que toi tu te fous de tout ? 

Bah…Je ne m’en fous pas, mais j’ai un certain détachement. On ne peut plus vivre sous pression. Faut savoir se dire « si ça rate, je m’en branle ». Après le spectacle que tu as vu ce soir, on peut croire que c’est le bordel, et qu’on s’en fout, mais on n’a rien laissé au hasard. Comme jamais, d’ailleurs. Ce que je fais j’essaie de bien le faire. Mais ce n’est pas parce que je le fais du mieux que je peux, que ça ne peut pas déplaire. Et si ça rate, ou que je vide là salle bah…Qu’ils aillent se faire foutre. (rires)

Tu évoques ce détachement mais tu abordes quand même des sujets graves, en allant même assez loin, et tu égratignes tout le monde. On pourrait te sentir révolté sur certains sujets et que t’as besoin de dédramatiser pour supporter le réel.

Révolté je ne sais pas… C’est quand même assez génial d’être entouré par tant d’énormités aujourd’hui. Après… révolté je ne pense pas parce que quand tu es révolté par un truc, c’est dur d’en rire. Tant que les choses me révoltent, je n’en ris pas encore. Le souci, c’est que la connerie va très vite. Et que le temps d’encaisser un sujet qu’un autre encore pire arrive.

« Si Jean d’Ormesson était mort juste après Johnny au lieu de mourir juste avant, on ne l’aurait jamais su.»

T’as jamais peur des conséquences de ce que tu dis ou chantes sur scène ? Te filtres-tu ?

Tant que ce que tu fais c’est juste, tu peux dire ce que tu veux. Tant que tu ne cabotines pas pour avoir les faveurs du public ou si ce que tu dis est quand même plutôt proche d’une vérité, y’a aucune raison de ne pas le faire. Et je ne me mets jamais de filtre, surtout pas. J’écris pour moi, l’étape suivante est de savoir si on va bien s’amuser. Mais je ne me suis jamais auto-censuré.

Dans l’actualité, qu’est ce qui te révolte actuellement ?

Là en ce moment y’a rien… Enfin si, j’me dis juste que si Jean d’Ormesson était mort juste après Johnny au lieu de mourir juste avant, on ne l’aurait jamais su. Et finalement que Johnny soit mort c’est une très bonne chose, car les gens n’auront plus de compensatoire. Ils n’iront plus s’oublier dans Johnny et peut-être qu’ils arriveront à prendre leurs soucis en mains. Je parle des très gros fans, les sosies et tout ça.

Et toi, qu’est-ce que cela t’a fait quand tu l’as appris ? T’as vu un petit peu l’hommage national à la télévision ?

Rien… et puis déjà je n’ai pas la télé, donc c’est un bon moyen de ne pas être triste. J’ai quand même vu des petits reportages sur ses débuts. C’était une bête fauve, tout le monde l’insultait au début car il amenait quelque chose de nouveau, et puis il s’est institutionnalisé au fil des années. Un peu comme Molière qui a dû remuer la merde et puis le roi l’a adoubé et le public l’a acclamé.

Johnny, c’est le Molière du XXè siècle ?

(Rires) D’une certaine manière tu vois. Il a inventé quelque chose, et ce qu’il a inventé a été pris pour acquis au même titre que l’état d’urgence rentre dans la constitution… Johnny est rentré dans la constitution.

Et toi, tu vas rentrer dedans ?

Moi je cours dans l’autre sens. Mais ça va, elle ne me court pas après !

Dans « Ben t’es con » tu demandais à Johnny s’il ne s’était jamais demander pourquoi son prénom était devenu une expression, une insulte. Qui sera le prochain artiste à donner son nom à une vanne ?

On le saura dans 6 mois je pense .. Ca va vite arriver ! Je referai une chanson (rires).

Assez parlé de choses tristes. Qu’est-ce qui te fait kiffer dans la vie, au contraire ?

Qu’est-ça peut t’foutre ?

LES CLAQUES DE DIDIER

Tu pourrais conseiller aux gens quelqu’un à écouter en ce moment ?

(Il réfléchit) Qu’ils écoutent ce qu’ils veulent… De toute façon, la musique, c’est douze notes, alors faut pas s’étonner qu’on ait déjà tout fait

Vraiment personne ?

Non…Et c’est surtout pas mes disques que j’écoute.

Tu penses qu’il y a beaucoup d’artistes qui écoutent leurs chansons ?

J’espère pas pour eux… P’t’être Benjamin Biolay…. (rires). Non mais plus sérieusement, faut écouter le live de la tournée de 2017 de Renaud. Ah faut que tu l’écoutes et même que tu la regardes. Ca aurait du s’appeler « la tournée de trop ». C’est dingue parce que les images disent exactement l’inverse des paroles. Ca frôle le génie. J’aimais bien Renaud, avant. Tu vois vraiment ce qu’il s’est pris dans la gueule, et la célébrité ne rend pas heureux les gens. T’es souvent très mal entouré. On admire plus ton succès que ton travail au bout d’un moment.

Il est mal entouré Renaud ?

J’en suis quasiment sûr, sans le connaitre hein, le bonhomme. Mais je pense qu’autour de lui, c’est ce qu’il y a. Des gens qui lui veulent « beaucoup de bien » et disent oui à tout parce qu’ils aiment plus son succès que son travail.

En cinéma, ton film préféré ?

Hmmmm Mad Max 2, toujours, depuis 84, c’est le meilleur.

Un livre à conseiller ?

Je pense qu’il y a deux livres qui reprennent des propos de Mâ Ananda Moyî, qui est une sage indienne. Et…C’est hyper chiant à lire.

Et tu les as lus entièrement ?

Ah nan ! Enfin, un ouais, puis j’ai trouvé ça chiant j’ai ouvert l’autre et c’est chiant…

Admettons que la vie après la mort existe, tu peux rencontrer trois personnes, quelles seraient-elles ?

(Il réfléchit) J’sais pas… Le problème c’est que je ne regrette personne. La vie est plutôt bien faite à ce niveau là.

Mon chien pour lui demander si la piqûre ça fait mal… Ouais, on l’a piqué.

Hitler, pour savoir si c’est vrai que c’est le père de Georges Bush qui lui a financé sa campagne. Mais est-ce qu’il dirait la vérité ?

Ils sont tous morts, et toi aussi, alors aucun intérêt à mentir.

Ouais c’est vrai… Et pis Vercingétorix ! Comme ça on saurait enfin où se trouve Alésia !

Pour finir, un message, une citation ?

J’ai soif… (rires). Non y’en a une du Nord qui est pas mal : « Quand on lance un caillou dans un troupeau d’pourceaux, c’est toudi c’ti qui la reçoit qui gueule ».