Bonjour CHATON, assez admirative de ce que tu es en train de produire, l’équipe de Slap! voulait en savoir plus sur ton processus créatif à travers le portrait de l’une de tes chansons :« Poésies ».

1) Avant cette chanson. Comment parlerais-tu de ton parcours en quatre vers ?

J’étais vers la fin de l’adolescence, j’ai quitté le nid pour faire de la musique. Je n’ai jamais cessé depuis, envers et contre tout. Je n’ai jamais su que ça. J’ai exploré énormément de choses, écouté des milliers de disques, eu des joies inouïes, versé des océans de larmes. J’ai aimé, j’ai tant et tout aimé. Et un jour j’ai eu envie de prendre quelques mois pour faire un bilan, j’étais pas mal dos au mur, littéralement au bord de la faillite. Est né cet album POSSIBLE, une version de moi à cet instant de ma vie, sans aucun filtre, en toute liberté, en toute créativité, que j’ai écrit pour me sauver la vie, pour continuer de me réparer et qui par miracle a trouvé écho dans d’autres coeurs que le mien, pour finalement sortir publiquement.

Quel était ton rapport à la poésie ?

Parfaitement intime et furieux.

2) L’inspiration. Peux-tu nous parler du premier instant où tu as eu l’idée, l’inspiration, de cette chanson ?

J’étais à la maison. Je m’étais installé un petit set de production dans le salon. Il pleuvait des cordes sur Paris. J’ai écrit ce morceau dans la journée. Lorsque Lola est rentrée je lui ai fait écouter. Elle a pleuré de me voir si loin. Et je lui ai expliqué que c’était en faisant ce genre de choses, ce genre de morceaux, que je me sauvais. Que tout irait bien.

Est-ce que tu avais une envie précise, un but ?

Survivre.

3) La prise de conscience. Est-ce que tu t’es rendu compte tout de suite que tu allais créer une œuvre qui resterait ?

Je ne me suis rendu compte de rien du tout. J’ai simplement fait ce que je fais et j’ai essayé comme chaque jour un peu plus de l’orienter vers une forme d’honnêteté intellectuelle et de rigueur technique qui me permettent une créativité sans chaînes. Le reste, tu sais quoi, c’est juste incroyable.

As-tu parlé de cette chanson dès ses prémisses à quelqu’un ou as-tu gardé ça pour toi ?

Je ne parlais plus à personne. Le téléphone était éteint. Pour de vrai.

4) La conception. Quand tu as commencé à concrétiser cette idée, vers quel instrument ou objet t’es-tu tourné en premier ?

Probablement le bas du spectre. Je suis passionné par le bas. J’ai synthétisé ces éléments, à partir d’ondes. Le pied, la basse. Le squelette qui tient cette chanson – comme tout l’album- se situe majoritairement dans les basses fréquences.

Comment s’est passé le processus par la suite ?

J’avais du temps. Assez pour me tromper. J’ai donc pris le temps de me tromper, de chercher. De gratter l’os. J’avançais la production de toutes les chansons en même temps, il m’est donc difficile de dissocier le processus de « Poésies » pour te répondre. Je m’étais simplement dit que le jour où je produirais une chanson qui ne serait plus de la même famille que les autres, l’album serait terminé. J’ai produit la chanson de trop autour de juillet dernier. POSSIBLE était terminé.

5) La diffusion. Quand le morceau était fini, quelle est la première personne qui a pu l’écouter, quels ont été vos échanges à ce moment-là ?

Je l’ai fait écouter à Lola, Sébastien et Kinkee. Les trois personnes à qui j’envoie mes avancées depuis toujours. Les trois se sont accordés pour dire que ça me ressemblait à mort. Et ça me suffisait. Ensuite, c’est tout l’album une fois terminé que j’ai envoyé à La Souterraine qui a publié Poésies dans sa compilation TELLE QUELLE. Puis l’histoire qui a suivi, les relais, les radios, l’entourage qui orchestre la diffusion, la sortie, les concerts, toute cette histoire là je n’en suis qu’un spectateur actif, absolument émerveillé qu’un propos si personnel puisse toucher d’autres gens. C’est tellement réconfortant et j’en suis tellement reconnaissant. Tu n’as pas idée, je pense.

Peux-tu nous raconter un peu comment tu as vécu le premier jour de sa diffusion ?

J’étais en scooter, je savais que Radio Nova allait jouer le titre donc j’avais le téléphone dans le casque. Je venais de passer le cimetière de Montmartre en descendant vers place de Clichy pour aller chercher Lola au travail et sur la tête de ma mère, la chanson a commencé au moment où la Tour Eiffel apparaissait au loin. Je n’en croyais ni mes yeux ni mes oreilles.

En live, qu’est-ce qu’elle te procure à toi ? Qu’est ce que tu penses qu’elle procure au public ?

Je surkiffe chacun de mes lives. Aussi parce que je ne joue jamais les chansons dans le même ordre ni la même forme. Je suis seul, donc super libre. Les gens qui viennent la connaissent maintenant. C’est assez dingue comme sensation. Je n’avais jamais connu ça. J’ai envie de leur faire des câlins, un à un.

Félicitations pour cette chanson innovante et touchante ! Merci beaucoup pour le temps accordé pour l’interview, et à bientôt j’espère !

Mon plaisir!

CHATON (Crédit photo ILYES GRIYEB)

CHATON (Crédit photo ILYES GRIYEB)