Angèle c’est la nouvelle sensation pop débarquée de chez nos amis belges. Le 29 novembre, elle était à Toulouse au Bikini en première partie de Damso et Slap! a pu la rencontrer.

Comme beaucoup de gens on a commencé à découvrir ta musique grâce aux réseaux sociaux et notamment Instagram, pourquoi ce choix de diffusion ? 

En fait c’est venu tout seul, au départ je n’avais pas Instagram, c’est une amie qui m’avait inscrit et qui m’avait dit : « tu vas voir c’est cool! « . Moi je trouvais pas ça hyper cool, je voyais pas trop ce que j’avais à raconter … et j’ai commencé à chanter. Comme je n’assumais pas trop de me montrer juste en train de chanter sans qu’il se passe rien, j’aimais bien faire toujours une petite blague ou un retour à la réalité pour un peu déconstruire ce truc narcissique de se filmer en chantant.

L’Insta d’Angèle

C’est quelque chose que t’as gardé ce côté mise en situation presque grotesque …

Ouais, exactement, c’est l’idée d’avoir aussi beaucoup d’humour. L’humour avec recul, l’autodérision pure.

En ce moment tu fais des concerts sous trois formats un peu différents, notamment les premières parties de Ibeyi ou Damso, qu’est ce que ça t’apporte ?

Évidemment les premières parties, que ce soit Ibeyi ou Damso, on dit que c’est assez ingrat et c’est vrai pour plein de raisons. Déjà tu joues pour des gens qui ne sont pas venus pour toi … ce qui n’est pas toujours évident. Mais les gens sont un minimum éduqués. Quand ils comprennent que c’est une première partie, et pas juste un ovni qui est là devant leurs yeux et qu’ils ne se sont pas trompés de concert, ça se passe bien.
C’est comme quand on nage avec des vêtements, et quand on les enlève on nage beaucoup plus vite … bah j’ai l’impression que c’est la même chose. Avant de donner des concerts à son nom il faut se frotter à un public qui n’est pas là pour soi, c’est la meilleure manière de s’échauffer. Et puis se manger des bides ça se passe bien après parce que le reste paraît si facile.

On peut se dire au premier abord que ce tu fais et ce que fait Damso c’est très différent !

Il y a un très grand écart mais en même temps y’a un lien … même si au début moi je voyais pas le lien. Je me disais vraiment « WTF comment ça va se passer ?! » Il y a un lien par rapport à Bruxelles et par rapport à la langue de ma musique. Il y a un lien surtout parce qu’après je reviens sur scène avec lui (Damso) et donc évidemment c’est avec ces deux éléments que ça devenait hyper cohérent. Juste première partie ou juste musicienne ça aurait été bizarre. Là il y a vraiment une histoire. 

Tu parles de Bruxelles, comment tu peux expliquer toute cette effervescence aujourd’hui autour de la musique belge ?

Je sais pas d’où ça vient, moi j’ai plusieurs hypothèses …

Il y a Stromae qui a vraiment étonné les gens, autant les belges que les français. C’est vraiment une fierté nationale. Il faut dire qu’en Belgique on n’en a pas 40 et donc je crois que Stromae nous a donné un vrai coup d’air et une manière de sentir que la Belgique a des talents. Ça a motivé et inspiré pas mal de gens. Moi en tout cas ça m’a donné envie quand j’ai vu un artiste pareil aller aussi loin et faire quelque chose d’aussi bien. C’est tellement respectable que tu te dis trop bien le mec vient de chez nous! (rires) Et je crois qu’il y a aussi ce truc, où il y a eu une tension pendant un moment à Bruxelles, comme il y a eu à Paris, comme il y a eu partout, et je crois que les gens ont eu envie de faire des choses, de faire des concerts. Je sais que j’ai eu tellement envie de faire des concerts et de m’amuser sur scène ! Parfois Bruxelles était un peu mal vue ou mal ressentie par les gens alors que non il y a plein de talents.

Et puis un succès en apporte un autre et je dois beaucoup à mon frère (Roméo Elvis), qui lui doit beaucoup à son crew qui doit beaucoup au hip-hop. Tout s’entraine ! 

Dernière chose je pense qu’en France il y a une sorte de tapis rouge qui se dresse devant les belges comme si c’était un truc à part. Du coup la concurrence est moindre. J’ai l’impression que je suis la belge et donc que j’ai tout mon chemin pour moi (rires).

Ce qui t’arrive en ce moment c’est un peu le contraire ce que tu racontes dans la loi de Murphy ?

Ouais, c’est trop cool ! Après les lois de Murphy elles se ressentent encore plus parce que quand on voyage comme ça tous les jours en train, d’une salle à l’autre, d’une ville à l’autre, il y a toujours des merdes … donc la loi de Murphy est toujours là, elle me suit mais elle suit tout le monde!

Mis à part ça c’est vraiment génial, c’est une expérience incroyable que je vis en ce moment !

C’est quoi ce délire de la loutre ?

Moi j’aime bien les animaux, je suis assez fan des animaux et j’aime bien suivre des comptes Instagram d’animaux. Je suis des comptes de loutres et de petits hérissons aussi ! (rires)

Tu peux nous donner un compte à suivre ?

Oui… « ponchan918 » C’est une loutre méga connue au japon, qui a le swag et tout! (rires)

Compte Insta d’une loutre trop swag

Ça me fait beaucoup rire comme animal parce que c’est assez particulier, il y a plein de genre : il y en a des hyper méchantes et des hyper gentilles. C’est un animal entre l’eau et la terre et c’est surtout ce que mon copain m’avait dit : « mais t’as trop une gestuelle de loutre » ! (rires) J’ai jamais trop su pourquoi et ni comment je devais le prendre mais ça me paraissait assez cool comme mot « gestuelle de loutre » et maintenant je suis dans cette religion de la loutre.

La loutre apparait dans le clip de La loi de Murphy, le visuel c’est important pour toi ?

Je ne peux pas imaginer la musique sans image. La musique permet de regrouper tout ce qui en rapport avec l’image : la photographie, les films, la mode … Par exemple La loi de Murphy, quand j’ai écrit cette chanson j’avais exactement ce clip la en tête et c’est là que j’en ai parlé à Charlotte (Abramow). Elle avait déjà fait quelques photos pour moi qui étaient vraiment dans mon sens. Elle a fait une photo où j’avais des spaghettis sur ma tête, ça c’était complètement son idée mais c’est tellement proche de ce que je fais que les gens pensaient que c’était la mienne. C’est quelqu’un (Charlotte) qui je trouve a vraiment capté mon univers. Ça me paraissait évident que ça devait être elle qui allait faire le clip. Elle est belge aussi et elle m’a dit : « moi je pense que la banque ça doit être une laverie, il faut qu’on amène quelque chose d’un peu surréaliste, d’un peu absurde« . Et donc voilà à chaque fois on s’envoyait des idées et puis finalement elle a réalisé ce clip qui est vraiment beau. J’étais tellement contente quand je l’ai vu la première fois. C’était tellement un soulagement de me dire putain c’est le premier visuel que je vais envoyer et c’est beau quoi et c’est chouette!

© Charlotte Abramow

Tu vas continuer avec Charlotte Abramow ensuite ?

J’aime bien l’idée de travailler avec d’autres artistes et c’est ça qui est génial quand on est artiste : on peut juste s’amuser avec des gens dont on aime le travail. Mais j’aime vraiment le travail de Charlotte et je crois qu’on peut encore aller plus loin toutes les deux. Parfois j’aime bien lui laisser un peu plus carte blanche aussi.

C’est aussi intéressant quand on a une vision très claire de ce qu’on veut être et de l’image qu’on veut avoir quand quelqu’un d’autre vient un peu changer les codes et vient t’ouvrir d’autres portes.

Sur scène le visuel comment tu l’envisages dans le futur ?

Comme cette tournée est tombée très très vite et qu’on avait pas les moyens de se prendre une grosse prod et que c’était des premières parties il y a rien. Et c’est pas plus mal parce que ça laisse un point d’interrogation. Je pense que les gens n’ont pas toutes les clefs en main pour comprendre qui je suis parce qu’en plus ils ne me voient pas longtemps. C’est une manière d’amener les gens à être curieux et à aller voir à travers Intagram, à travers le clip. C’est assez minimaliste mais au moins ça permet de se concentrer sur la musique.

Bien sur j’aimerais avoir un live, j’ai fait une école de Jazz j’ai travaillé avec d’autres groupes donc ça me manque de jouer avec des gens.

J’allais te demander justement, être seule sur scène c’est comment ?

C’est génial parce que c’est un truc très fort que je vis toute seule. Les moments forts je me les mange en pleine gueule et toute seule ! Quand c’est des moments difficiles … bah voilà … mais quand c’est des moments géniaux c’est aussi … bah voilà.

C’est très intense et c’est cool mais je rêve de jouer avec des gens et de pouvoir improviser, de faire qu’une ligne de basse ne soit pas exactement la même tous les soirs et qu’on leur offre autre chose que l’album. Pour l’instant je fais avec mes moyens, je fais tourner mes prod, je joue au maximum avec mon clavier et je joue avec le public. 

Ton rapport au public est très important, on l’a vu dans tes dernières vidéos où il y a une connexion très forte.

Autant Ibeyi que Damso le public n’est pas là pour moi mais surtout il a des exigences différentes. Pour Ibeyi les gens vont plus se poser des questions, venir me voir après en me disant « mais c’est super, pourquoi y’a pas de vrais instruments ? » Je pense qu’ils sont frustrés par ce truc où ils ont l’impression d’entendre juste des bandes qui tournent … alors que je fais le max! (rires) Pour Damso c’est encore différent, l’exigence c’est plus dans l’énergie que je vais aller donner. Je passe vraiment d’un public à l’autre. Le public d’Ibeyi est très posé, très intellectuel à chercher le sens de mes chansons, donc je peux plus m’étaler, avoir des moments vraiment intimes. Avec le public de Damso je dois faire un truc que j’avais jamais fait avant qui est d’arriver sur scène et de les chauffer. 

Le rapport avec le public dans les deux cas il est vachement intense!

J’imagine que tu prépares un album pour l’année prochaine ?

Je suis en train de préparer un deuxième single, enfin j’attends le bon moment de le pondre, fin de l’accoucher … bref c’est bizarre (rires).

En gros y’a un donc un deuxième single qui va arriver, et puis évidemment album pour 2018.