Nouveau festival excitant dans une ville d’Amiens qui vit à la fois intensémment et discrètement, le Minuit avant la Nuit aura lieu du 22 au 24 juin prochain et réunira entre autres Slowdive, Son Lux, Vladimir Cauchemar, Usé… Nous voulions en savoir plus sur sa genèse, avec son programmateur Antoine Grillon, à travers les cinq étapes du processus créatif vus par Anzieu. Portrait.  

  1. L’inspiration. Pouvez-vous nous raconter la première fois qu’est apparue l’idée de ce festival. Est-ce parti d’un mot, d’un son, d’un mouvement, d’autre chose ? 

Au risque de décevoir et de répondre de manière plus pragmatique, le festival Minuit avant la Nuit vient plutôt de l’appel d’un territoire, de publics qui, depuis plusieurs années, demandaient la naissance d’un événement de ce type. C’est vrai que pour l’association c’est complémentaire de notre quotidien, avec notre petite jauge à La Lune des Pirates (250 places). En effet, ce festival permettra d’aller chercher d’autres artistes et d’autres publics. C’est aussi la continuité de l’anniversaire des 30 ans de La Lune, fêté sur le même site du Parc St Pierre, en mai 2017 et qui a véritablement créé l’amorce de ce rendez-vous.

  1. La prise de conscience. Quand et comment avez-vous pris conscience que vous alliez réellement concevoir un festival ? Quelles étaient les émotions à ce moment-là ?

La prise de conscience s’est faite officiellement en décembre 2017 lorsque les premières réponses de financements sont arrivées. C’est sur qu’il y a une certaine forme d’adrénaline… Ce sont des perspectives enthousiasmantes, mais le risque de ne pas y arriver existe. On peut avoir des difficultés organisationnelles, on peut ne pas plaire, on peut aussi se mettre en danger financièrement. Par contre si ça marche, c’est un gros plus pour la visibilité de l’association et plus encore, pour les musiques actuelles dans la région et l’attrait d’une ville comme Amiens.

  1. Le choix du code. Une fois cette décision prise, quelle couleur avait votre idéal de programmation. Quels étaient les maîtres-mots ?

Les maitres mots sont (il y en a d’autres) : qualité, ouverture & indépendance.

Qualité : il y a l’envie de proposer une offre globale qualitative en jouant sur tous les détails possibles. Aujourd’hui, un bon festival, c’est certes une bonne programmation, mais aussi de la bonne nourriture, un cadre, des bonnes bières et du bon vin etc…

Ouverture : c’est un événement ouvert à tous, et certains groupes de la programmation doivent aussi faciliter cela. Certes il y a des cibles plus spécifiques mais chacun peut se retrouver dans un petit bout de cet événement. On souhaite en faire un vrai projet de territoire. La tarification, que l’on considère comme accessible, avec aussi de la gratuité pour les moins de 12 ans et le dimanche, va aussi dans ce sens.

Indépendance : la programmation s’est construite en toute indépendance. Egalement ce terme est devenu un courant artistique : la musique indie. C’est cette musique qui sera majoritairement proposée sur cette première édition. Et puis enfin, il y avait aussi cette envie d’être un peu à la marge de ce que peut proposer tous les gros festivals. Pour ne pas faire la même chose, par choix artistiques mais aussi par contraintes financières.

  1. La conception. Comment vous-y êtes pris ensuite pour sélectionner les artistes qui composent la programmation ? Que pensez-vous du résultat ?

Le travail de programmation s’est inscrit dans la continuité de ce qui se fait à La Lune à l’année. Ce sont les mêmes agents avec lesquels des liens se sont créés au fil des années. Si le festival vit sa première édition, La Lune exerce dans le milieu des musiques actuelles depuis 31 ans. Ca aide. Ensuite, il y a des processus à suivre dans la conception d’une programmation. D’abord il faut caler ce qu’on appelle des headliners (Slowdive, Son Lux, Polo & Pan, Eddy de Pretto, The Liminanas). Ensuite, on construit/affine vraiment la couleur de la programmation dans les découvertes/co-liners. Et puis on finalise avec les groupes locaux, avec qui nous nouons des liens à La Lune dans le cadre de notre projet d’accompagnement. La mise en valeur de ces talents nous semble indispensable.

A la fin, on se retrouve avec un festival indie mais qui n’est pas renfermé sur lui même grâce à la programmation de 2/3 artistes plus grand public (Eddy de Pretto, Polo & Pan notamment). C’est comme ça qu’on fera de cet événement un festival qui plaira aux aficionados, capable de traverser la France pour voir Slowdive, ou aux moins habitués mais néanmoins curieux, qui auront envie de découvrir sur scène un artiste qui a fait tous les médias français ces trois derniers mois. Le résultat me semble positif, mais ça, c’est le public qui le jugera.

  1. La diffusion. Une fois la programmation divulguée quels ont été les différents retours ? Dans quel état d’esprit évoluez-vous depuis cette annonce ?

Il faut être attentif car on ne fait pas une programmation pour nous, mais bien pour un public. Donc évidemment, il faut que ça plaise. Et en toute logique, que ça se répercute sur la billetterie. On surveille donc tout ça de près, ne serait-ce que par nécessité économique.

Avec le temps on sait aussi qu’une programmation est toujours très exposée. Il faut savoir prendre du recul parfois. Des mécontents, il y en aura toujours, autant que des contents. Faire des choix, c’est aussi accepter le fait que certains ne seront pas d’accords. C’est logique et c’est même souvent intéressant d’en débattre. Ceci dit aujourd’hui, et depuis l’annonce, j’ai bien l’impression que la programmation plaît…  Donc c’est plutôt positif non ?